Le pari sans précédent de Viktor Orban sur la famille

24 Décembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Le parlement de Budapest

Dans un entretien accordé à Catholic News Agency le 5 décembre 2019, la ministre de la famille hongroise a justifié les nombreux efforts consentis par le gouvernement de Viktor Orban envers les familles, au nom de la survie de l’identité chrétienne du pays, et aussi de l’Europe.

Bien que située à seulement 1 500 kilomètres de Budapest, Paris paraît plus que jamais aux antipodes de la capitale hongroise. Le 29 novembre 2019, Jean-Paul Delevoye, alors haut-commissaire à la réforme des retraites, appelait de ses vœux l’arrivée de « 50 millions de populations entre guillemets ‘étrangères’ (sic) pour équilibrer la population active en 2050 en Europe ». Son propos se basait sur un rapport de l’ONU datant de l’an 2000, qui chiffre à 47,4 millions « le nombre d’immigrants nécessaires pour éviter un déclin de la population » de l'Union européenne, préconisant des « migrations de remplacement » pour faire face au vieillissement des populations. 

Quelques jours plus tard, Katalin Novak, ministre hongroise de la famille, déclarait : « nous avons un défi démographique devant nous. Si nous renonçons à notre christianisme, nous perdrons alors notre propre identité, en tant que Hongrois, en tant qu’Européens ». 

La ministre s’exprimait à Washington lors de la deuxième conférence annuelle sur la politique familiale, en présence des responsables de l'administration Trump, des membres du Congrès et des représentants d'organisations non gouvernementales. L’objet de cette réunion étant la manière dont les gouvernements peuvent promouvoir les politiques favorables à la famille. 

Une politique imposée de Moscou contre la natalité 

Malgré la hausse du nombre des mariages, le taux de natalité de la Hongrie demeure inférieur au taux de remplacement (2,1), même s’il est en hausse du fait de la politique familiale de Viktor Orban. Le taux de fécondité, tombé à 1,26 en 2010 est remonté à 1,48 aujourd’hui. 

Une explication est nécessaire. La fiche Démographie de la Hongrie de Wikipedia constate : « Tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, la Hongrie a présenté un parcours démographique tout à fait atypique. Elle fut le premier pays d'Europe à enregistrer pour la première fois une chute de la natalité sous le seuil des 2,1 enfants par femme, nécessaire pour assurer le remplacement des générations. Cela se produisit en 1959-1960, après un décrochage qui durait depuis 1956 ». 

Ce décrochage ne s’est pas produit par hasard. Après l’insurrection hongroise de 1956, la politique du Kremlin favorisa une politique de dénatalité en imposant l’avortement. La terrible déconvenue de l’arrivée des chars russes, après l’espoir suscité par le soulèvement, eut un effet désespérant sur la population, et l’avortement devint un véritable fléau. La peste rouge avait atteint son but. 

Une politique résolument anti-malthusienne 

La Hongrie mène actuellement une politique nataliste par des incitations financières pour les familles désirant avoir davantage d’enfants, et par la promotion d’une « culture de vie ». 

Parmi les mesures récemment prises par le gouvernement hongrois : les femmes qui se marient avant leur 40e anniversaire peuvent bénéficier d'un prêt sans intérêt de 31 000 euros de la part de l’Etat. Un tiers de son remboursement peut être annulé si le couple a deux enfants. A partir de trois enfants, le prêt n’a plus besoin d’être remboursé. 

De même, à partir du troisième enfant, la famille bénéficie d’une subvention afin d’acheter une voiture d’au moins sept places. De plus, les couples mariés ayant quatre enfants ou plus sont exonérés à vie de l'impôt sur le revenu.  

L'aide au logement est également un élément clé de la politique gouvernementale. A partir du deuxième enfant, les familles bénéficient de réductions de remboursement de leurs prêts contractés pour se loger. 

Indépendamment de ces incitations financières, Katalin Novak demeure convaincue que « notre avenir repose sur des familles fortes ». Car l’argent n’est pas le cœur du dispositif dans la pensée du gouvernement Orban. « L’Etat vise plutôt à créer par ce biais une culture plus accueillante pour les familles », explique la ministre qui ajoute : « La Hongrie était historiquement un pays chrétien depuis son premier roi saint Etienne ; les politiques de l’Etat favorables à la famille sont censées refléter cela en établissant une identité forte ».

Il est cependant regrettable que M. Orban et ses conseillers usent d'un moyen que la morale catholique réprouve pour atteindre ce but louable. Ainsi, l'Etat hongrois vient d'acquérir 6 cliniques spécialisées dans la fécondation in vitro (FIV), leur procurant facilités et exemptions afin de leur permettre d'augmenter significativement leur activité et le nombre de "bébés-éprouvette" par année.