Le plat pays face aux dérives croissantes de l’euthanasie

22 Février, 2021
Provenance: fsspx.news

Une récente publication parue sous les presses de l’Université d’Oxford fait le constat de profondes lacunes dans l’application de la loi sur l’euthanasie en Belgique, conduisant à un nombre croissant de « suicides assistés ». Une étude qui permet de mettre en relief la dérive eugénique qui s’observe au plat pays, comme ailleurs.

« Nous soutenons qu’en Belgique, le champ d’application de l’euthanasie a été élargi, ce qui pose des questions tant au niveau du droit que de l’éthique. » Tel est le constat dressé dans le numéro de février 2021 du Journal of Medecine and Philosophy édité par l’Université d’Oxford (Royaume-Uni).

Trois chercheurs de l’Université de Gand ont mené l’enquête ayant permis d’aboutir à l’étude fouillée intitulée Euthanasie en Belgique : Lacunes dans la loi et son application, et dans le contrôle de sa pratique.

Kasper Raus, docteur en philosophie spécialisé dans l’éthique des soins en fin de vie, Bert Vanderhaegen, aumônier en chef à l’Hôpital universitaire de Gand et Sigrid Sterckx, professeur d’éthique, s’appuient sur des recherches empiriques réalisées depuis la dépénalisation de l’euthanasie en 2002, et livrent une analyse méticuleuse des failles que contient cette loi.

Les auteurs parlent d’une seule voix pour constater un recours croissant au suicide assisté, qui s’explique, selon eux, par une faille dans l’application des prétendues « garanties procédurales », désormais impuissantes à juguler les dérives.

Ainsi, les trois chercheurs affirment que « ces changements sont en partie liés au fait que plusieurs conditions de la loi sur l’euthanasie, censées agir comme garde-fous, échouent le plus souvent à fonctionner de la sorte. Nous croyons que ceci est éthiquement et juridiquement problématique, et devrait préoccuper tout le monde, quoiqu’on puisse penser de l’euthanasie en général. »

Des garde-fous législatifs inopérants

Leur conclusion se fonde sur l’analyse minutieuse de trois facteurs censés jouer le rôle de garde-fous : le critère d’admissibilité à l’euthanasie, la consultation d’un second voire d’un troisième médecin à titre d’expertise, la déclaration des euthanasies réalisées à la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation.

Chacune de ces garanties présente « des lacunes en théorie et en pratique », lit-on dans l’article : en ce qui concerne l’éligibilité à l’euthanasie, le critère  médical  d’incurabilité se trouve détourné, pour devenir un « critère subjectif du caractère insupportable des traitements proposés ».

Quant au recours obligatoire à l’avis d’un second, voire d’un troisième médecin, nos chercheurs rappellent que cet – ou ces – avis ne sont pas contraignants. Pire, selon la loi, un médecin généraliste peut être considéré comme un spécialiste si le patient souffre de polypathologies.

Une interprétation jugée dangereuse dans le cas où, par exemple, un patient présenterait une maladie psychiatrique en plus d’autres affections. Il se pourrait alors qu’aucun psychiatre ne se prononce par rapport à la demande d’euthanasie, mais uniquement des médecins généralistes.

Enfin, la déclaration des cas de suicides assistés à la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie paraît lacunaire, et c’est un euphémisme. 2656 euthanasies ont été officiellement reportées à la Commission pour les années 2018-2019. Or, les recherches empiriques estiment qu’une euthanasie sur trois n’est pas déclarée, et que les euthanasies non déclarées sont pratiquées avec moins de précautions.

« Notre préoccupation est que le pouvoir discrétionnaire actuel de la Commission dans l’établissement de la légalité des cas d’euthanasie lui laisse en pratique un pouvoir considérable qui devrait normalement être la prérogative du législateur ou de la justice », conclut l’article.

Un constat alarmant qui a le mérite de faire tomber le masque d’une pratique censée soulager les souffrances intolérables du patient et rendre ainsi service à l’humanité. D’autant que l’objectif du législateur de 2002, en dépénalisant l’euthanasie, était de mettre fin aux euthanasies clandestines et de limiter l’euthanasie à des cas exceptionnels. L’article a montré ce qu’il en était de fait.

Mais cette dérive ne doit absolument pas surprendre. Ces lois de mort sont destinées à toujours élargir leur champ – c’est d’ailleurs une tactique reconnue. Et lorsqu’un principe moral est abandonné, plus rien ne peut retenir l’humanité dévoyée sur la pente du mal.