Le procès des finances du Vatican dans la tourmente

06 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news

Après deux ans d’instruction et un commencement discret, le procès tenu au Vatican, dit de « l’immeuble londonien », qui vise dix personnes mises au banc des accusés, dont le cardinal Angelo Becciu, est entré dans une phase de fortes turbulences. C’est l’enquête elle-même qui risque de devenir entièrement caduque.

Des éléments d’accusation difficiles à obtenir

La première séance, tenue le 27 juillet 2021, avait déjà donné lieu à quelques inquiétudes. Le juge principal du tribunal, Giuseppe Pignatone, avait alors demandé au bureau du procureur Alessandro Diddi, de remettre à la défense une partie des éléments d’enquête qui ne leur avait pas été communiqués.

Ces éléments étaient surtout des fichiers vidéo de l’interrogatoire du témoin clé de toute l’affaire, Mgr Alberto Perlesca, qui, d’abord qualifié de suspect, était passé au statut de témoin après avoir accepté de collaborer.

Seul un résumé du récit de Mgr Perlasca a été remis aux avocats, et non l’intégralité des interrogatoires. C’est ainsi que la défense n’a appris que le 3 juillet, lors de la publication de l’acte d’accusation, que le cardinal Becciu était accusé de subornation de témoin.

Alors que les procédures judiciaires du Vatican exigent que les suspects soient autorisés à répondre aux accusations avant le début de leur procès.

Ces fichiers n’ont cependant pas été transmis en temps utile. La raison mise en avant par le procureur se référait à des éléments de la vie privée de personnes citées dans le témoignage.

En ce mardi 5 octobre, les avocats représentant les divers suspects, ont plaidé la nullité du procès, devant le manque de respect de la procédure.

Coup de théâtre

Devant cette menace de nullité, le procureur a admis : « nous avons peut-être fait une erreur ». Il a alors fait la proposition surprenante de reprendre toutes les preuves et de réinterroger les accusés. Autrement dit, de reprendre l’instruction à zéro.

Cette proposition n’a pas eu l’agrément des avocats, qui l’ont considérée comme une absurdité : la loi ne prévoit pas la possibilité de retirer les preuves remises. Ils ont donc demandé une annulation pure et simple.

Le président Pignatone a alors suspendu la séance et remis sa sentence sur la poursuite du procès au lendemain.

Il faut savoir que Diddi et Pignatone se sont affrontés par le passé durant des années, lors d’un des plus grands procès anti-mafia de Rome, le « Mafia Capitale ». Diddi était alors l’avocat de l’un des principaux accusés, tandis que Pignatone était alors procureur général de Rome.

Dans la matinée du mercredi 6 octobre, le tribunal s’est de nouveau réuni, le seul accusé présent étant le cardinal Becciu.

Au cours d’une séance qui a duré à peine vingt-minutes, le juge Pignatone a lu une ordonnance qui acceptait les demandes des deux parties.

Il a donc d’une part réclamé la restitution partielle au Bureau du promoteur, des éléments d’accusation déjà remis aux avocats. Restitution limitée à une partie des prévenus et quelques uns des crimes qui leur sont imputés. Autrement dit, les accusations qui s’appuyaient sur des preuves sont devenues caduques. Ce qui empêche les poursuites pour cinq d’entre eux.

D’autre part, il a obligé le promoteur de la justice à donner aux avocats les éléments de preuve manquants, jusqu’à la date limite du 3 novembre.

La grande vitrine de la nouvelle justice du Vatican a pris l’aspect d’un verre opaque.