Le « Rapport Sauvé » dans la tourmente

25 Novembre, 2022
Provenance: fsspx.news
Mgr Lorenzo Ghizzoni

C’est à une charge sans précédent que l’épiscopat italien vient de se livrer contre la méthode de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) désignée par les prélats français pour faire la lumière sur une question douloureuse. Une intervention qui fragilise un peu plus le rapport publié il y a plus d’un an, mis en cause à plusieurs reprises dans l’Hexagone.

Les évêques français se seraient bien passés de cette nouvelle pierre jetée dans leur jardin : un caillou d’autant plus douloureux qu’il a été envoyé par leurs confrères transalpins.

Le 19 novembre 2022, profitant d’un colloque intitulé « Du côté des victimes », organisé par l’Université pontificale du Latran à Rome (Italie), le président de la Commission nationale de l’épiscopat italien chargée de la protection des mineurs, s’est montré très critique à l’égard de la méthode choisie par les prélats français pour faire le point sur la délicate question des abus commis par des clercs dans notre pays.

« Nous n’allons pas créer une unique commission nationale composée de membres qui ne connaissent rien à la vie de l’Eglise, dont l’objectivité présumée résiderait dans le seul fait qu’elles ne sont ni évêques, ni prêtres, ni fidèles », a déclaré, un brin agacé, Mgr Lorenzo Ghizzoni, faisant allusion à la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) dont le rapport est loin de faire l’unanimité au sein de l’Eglise de France.

Pour Mgr Ghizzoni – qui occupe le siège archiépiscopal de Ravenne – la méthode de la Ciase « a causé des dommages » et « ne doit pas être imitée », en Italie.

Et le prélat de préciser, que dans la question d’éventuels abus de clercs de l’autre côté des Alpes, « nous examinerons les données réelles et essaierons de trouver des moyens de prévention, car ce qui nous intéresse, ce n’est pas de mettre les prêtres au pilori, c’est de prévenir les abus ».

Et s’il fallait être plus clair, Mgr Ghizzoni prévient en visant explicitement la Commission Sauvé : « Nous n’effectuerons pas de projections de données ou d’échantillonnage, comme d’autres réalités ecclésiales l’ont fait, avec des chiffres qui n’attirent que ceux qui veulent semer la discorde. »

C’est la première fois qu’une charge aussi sévère est lancée contre le « Rapport Sauvé » par un épiscopat étranger. Dans l’Hexagone, il y a un an déjà, en novembre 2021, huit membres de l’Académie catholique de France avaient entrepris une critique argumentée contre certains aspects du travail opéré par la Ciase, niant toute valeur « systémique » aux abus présumés, et créant le malaise au sein des instances dirigeantes de la Conférence des évêques de France (Cef).