Le Saint-Siège et la France soufflent les cent bougies d’une relation compliquée

25 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news

Divergences et convergences ont été au menu des discussions entre le secrétaire d’Etat du Saint-Siège et le chef du gouvernement français, à l’occasion du centième anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux Etats.

« C’est avec des hochets que l’on mène les hommes », déclara un jour Napoléon à Berthier, qui estimait la création de l’Ordre de la Légion d’honneur incompatible avec l’idée d’une république vertueuse, fondée sur l’égalité de tous.

Le « numéro deux » du Vatican s’est peut-être rappelé ce trait d’ironie impériale, lorsqu’il a reçu, des mains du premier ministre français, les insignes de commandeur de la Légion d’honneur, le 18 octobre 2021, à la Villa Bonaparte, siège de l’ambassade de France près le Saint-Siège.

Une cérémonie intervenant un siècle après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et l’Eglise, et qui fut l’occasion d’un échange au cours duquel le cardinal Pietro Parolin et Jean Castex, ont pu évoquer les points de convergence et de divergence existant entre les deux Etats, résumés par les deux hommes en termes techniques de « cordialité » et d’« estime ».

Dans son allocution au chef du gouvernement français, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège a voulu souligner ce qu’il considère comme les « fruits » des relations entre la France et le plus petit Etat du monde : un véritable fourre-tout allant du « respect des droits de l’homme », de la « protection des minorités religieuses » au « dialogue interreligieux », en passant par l’environnement, avec la COP21 qui s’est tenue à Paris en 2015.

Le cardinal Parolin en a profité pour esquisser sa vision de la laïcité. Elle doit permettre que « Dieu et César soient distincts mais pas opposés », mais qu’elle permette une « ouverture à la transcendance » qui doit être organisée de telle manière qu’un croyant puisse être « libre de proposer librement sa foi dans la société ».

On est loin des encycliques de saint Pie X ou de Pie XI qui voyaient dans la laïcité « à la française », une « injustice » et une « atteinte » aux lois de Dieu et de son Eglise.

Le porporato, avec les précautions de langage habituelles, a mis en garde son interlocuteur contre les dangers d’un « certain laïcisme qui ferme les portes aux autres et à Dieu » et qui ainsi « ne respecte pas non plus la personne humaine » : une façon de manifester les craintes du Saint-Siège par rapport au projet de loi français sur les « séparatismes religieux ».

« Il n’est pas question d’un conflit de transcendance mais simplement de rendre à la République ce qui est à la République et à Dieu ce qui est à Dieu », a répondu Jean Castex.

Le premier ministre français l’assure : « la loi confortant les principes de la République  n’est  en rien constitutive d’un changement de paradigme de la laïcité républicaine mais vient au contraire la consacrer en l’adaptant au temps présent ». Des propos qui se veulent apaisants mais qui auront, dans les faits, du mal à convaincre.

C’est en fait sur le théâtre purement politique du Moyen-Orient que la collaboration entre le Vatican et la diplomatie française semble se réaliser d’une façon efficace, avec la volonté affichée, de part et d’autre, de « contribuer à la paix et à la stabilité ».

Evoquant à mots couverts la question du secret de confession, instrumentalisée récemment dans la presse française, Jean Castex a affirmé que la séparation entre l’Eglise et l’Etat « ne signifiait en aucun cas la séparation de l’Eglise avec la loi ».

Déjà, à l’issue de sa visite au pape François au Vatican plus tôt dans la matinée, le premier ministre français avait déclaré non sans ambiguïté : « ce n’est pas un scoop : l’Eglise ne reviendra pas sur le dogme du secret de la confession. Mais il faut à tout prix trouver les voies et moyens pour concilier cela avec le droit pénal ».