Le tribunal du Vatican condamné à faire du sur-place ?

27 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news

Nouvelles assignations au tribunal, demande réitérée de nullité des poursuites : le 25 janvier 2022, au tribunal du Vatican où sont jugés d’anciens membres de la secrétairerie d’Etat, l’accusation et la défense ont croisé le fer sur le volet procédural, laissant le sentiment d’un procès qui piétine, et où l’on cherche à gagner du temps. Prochaine audience le 18 février prochain, où une énième tentative sera entreprise afin d’entrer enfin dans le vif du sujet.

Le 14 décembre 2021, Giuseppe Pignatone avait exprimé l’espoir que l’audience du 25 janvier suivant – la sixième depuis le début du procès en juillet – mettrait fin à la phase procédurale dans laquelle le procès de l’immeuble de Londres semble embourbé.

Las ! Le président du Tribunal du Vatican n’a pas été exaucé : moins d’une heure après son entrée dans le prétoire, en la fête de la conversion de saint Paul, aucun miracle n’a eu lieu, et le magistrat fut contraint de reporter l’audience au 18 février 2022.

L’interrogatoire de l’un des témoins clés de l’affaire, Mgr Alberto Perlasca – ancien chef de bureau à la secrétairerie d’Etat – datant de novembre 2020, a été une nouvelle fois au cœur de la passe d’armes entre le promoteur de justice, Alessandro Diddi, et les avocats du cardinal Angelo Maria Becciu, le principal inculpé, absent de l’audience en ce 25 janvier 2022.

Les avocats de l’ancien substitut de la secrétairerie d’Etat ont reproché à l’accusation d’avoir outrepassé ses compétences en demandant à Mgr Perlasca s’il savait, oui ou non, si le cardinal sarde avait entretenu une relation inappropriée avec une autre inculpée, Cécilia Marogna.

Cette dernière, accusée d’avoir touché 500 000 euros de la part de l’ancien substitut, déclare avoir utilisé ces sommes pour d’importantes dépenses en produits de luxe – pour des tiers, et pour elle. Des frais de travail selon elle, conséquences de son « statut informel de diplomate » à la secrétairerie d’Etat.

Les minutes de l’interrogatoire montrent un Mgr Perlasca niant tout comportement déplacé de la part du haut prélat, tandis qu’Alessandro Diddi se fait insistant, rappelant qu’un comédien de la télévision italienne avait réalisé un sketch suggérant que Cécilia Marogna était plus qu’intime avec le cardinal : « pourquoi ce dernier n’a-t-il pas poursuivi l’artiste pour diffamation, si tout était faux ? », s’interroge le promoteur de justice.

Selon les avocats de Mgr Becciu, la ligne choisie pour l’interrogatoire aurait violé le code de procédure du Saint-Siège, qui interdit de questionner les témoins sur la moralité d’autres inculpés : « pour ma part, je suis serein sur la manière dont le travail a été accompli », s’est défendu le promoteur de justice.

Alessandro Diddi a décidément volé la vedette à tous les autres acteurs de l’audience, déposant sept nouveaux chefs d’inculpation et une nouvelle demande de citation à comparaître concernant quatre personnages soupçonnés d’avoir joué un rôle de premier plan dans le scandale et qui avaient rapidement été écartés du procès pour vice procédural.

Il s’agit du financier Raffaele Mincione, de l’avocat Nicola Squillace, de l’ancien employé de la secrétairerie d’Etat Fabrizio Tirabassi, et surtout de Mgr Mauro Carlino, secrétaire du cardinal Becciu à l’époque des faits.

Quatre hommes qui refusent becs et ongles, depuis le début du procès, de faire face à l’accusation : la balle est désormais dans le camp du président du Tribunal qui se laisse quelques jours pour examiner les nouveaux chefs d’inculpation déposés.

Reste à savoir si l’audience du 18 février prochain permettra de faire prendre enfin son rythme de croisière à un procès condamné, jusqu’ici à avancer, à la vitesse d’un saut de puce. Ce qui ne déplaît peut-être pas tant que ça, oltretevere