Le Vatican condamne un ancien directeur de sa banque à de la prison ferme

27 Janvier, 2021
Provenance: fsspx.news
Angelo Caloia, ancien directeur de l’IOR

Le tribunal de l’Etat de la Cité du Vatican a condamné l’ancien président de l’Institut des œuvres de religion (IOR) à 8 ans et 11 mois de prison pour blanchiment d’argent et détournement de fonds aggravé. C’est la toute première fois qu’une peine d’incarcération pour un délit financier est prononcée au sein du plus petit Etat du monde.

« J’affirme avec une certaine fierté que l’IOR est actuellement plus transparent que n’importe quelle autre institution financière. » Ces propos d’Angelo Caloia qui datent de 2004, que le journaliste d’Avvenire Giancarlo Galli mentionnait dans son livre White Finance, ont de quoi faire sourire : celui qui dirigeait alors la « banque » du Vatican, blanchissait au même moment l’argent sale, et détournait des fonds pour son propre compte…

L’affaire commence à prendre de l’ampleur en 2009, lorsque le vaticaniste Gianluigi Nuzzi, amateur des informations à scandale oltretevere, publie Vatican SpA, un ouvrage dans lequel diverses opérations opaques de l’IOR sont révélées, preuves à l’appui : la même année, Angelo Caloia est remercié par le pape Benoît XVI, qui nomme à sa place Ettore Gotti Tedeschi, remplacé à son tour en 2013 par Ernst von Freyberg, compatriote et homme de confiance du pontife allemand.

C’est à partir de cette date qu’une enquête interne et un audit sont diligentés. L’année suivante, le 6 décembre 2014, Reuters révèle que le promoteur de justice de l’Etat de la Cité du Vatican, l’équivalent d’un procureur général, avait saisi seize millions d’euros sur les comptes bancaires d’Angelo Caloia, du directeur général de l’IOR Lelio Scaletti, décédé entre-temps le 15 octobre 2015, et de son avocat, l’avocat Gabriele Liuzzo, aujourd’hui âgé de 97 ans.

Le procès s’ouvre au Vatican en mai 2018, et met le doigt sur les ventes irrégulières d’une vingtaine de propriétés de l’IOR, réalisées entre 2001 et 2008 : des biens vendus, via des sociétés offshore, cinquante-sept millions d’euros en dessous de leur valeur sur le marché. Cette somme s’est retrouvée dans les volumineuses poches des accusés.

Le prononcé du jugement a été lu le 21 janvier dernier, par le président du tribunal, Giuseppe Pignatone : l’ancien procureur général de Rome, qui exerce désormais ses fonctions de magistrat au sein du Vatican, a insisté sur un « procès destiné à rester dans l’Histoire », puisque pour la première fois, des peines de prison ont été prononcées pour des délits financiers. Sans parler des cinquante-sept millions d’euros qui devront être restitués.

Aucun des accusés encore vivants n’était présent lors de la dernière audience du procès en première instance.

Il faut s’attendre à d’autres condamnations pour délit financier

Giuseppe Pignatone ne risque pas d’être au chômage : le tribunal qu’il préside a annoncé le 18 janvier dernier qu’il allait bientôt juger Cecilia Marogna. Cette jeune consultante italienne s’était vu confier, par l’ancien substitut de la secrétairerie d’Etat, Angelo Becciu, un demi-million d’euros sur un compte slovène, pour de prétendues missions diplomatiques : une coquette somme dont la moitié aurait été détournée pour acheter des produits de luxe…

L’ancien numéro deux de la secrétairerie d’Etat avait d’ailleurs été congédié soudainement le 24 septembre 2020 par le pape François, son nom ayant été associé, entre autres, à l’achat controversé d’un immeuble au cœur d’un quartier luxueux de Londres.

Il est à noter que le Vatican n’a pas de système pénitentiaire. Les personnes reconnues coupables de crimes commis dans le plus petit Etat du monde, accomplissent leur peine dans les prisons italiennes, les coûts étant couverts par le Saint-Siège.