Le Vatican donne son feu vert à la prolongation de l’accord avec la Chine

16 Septembre, 2020
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Pietro Parolin

Le Saint-Siège a décidé de prolonger pour deux ans l’accord signé le 22 septembre 2018 avec la Chine, sur la nomination des évêques. Un accord dont les termes demeurent toujours secrets, et contre lequel plusieurs voix se sont élevées du sein de l’Eglise, déplorant un abandon des catholiques chinois aux mains des autorités communistes.

L’accord provisoire de deux ans, censé donner au pape le dernier mot sur la nomination des évêques, est entré en vigueur le 22 octobre 2018. Si la partie chinoise répond de façon positive – ce qui, Oltretevere, est considéré comme acquis – l’accord sera prolongé tel quel, sans modification : « nous pensons qu’il est prudent de le prolonger de deux ans », a confié à Reuters un interlocuteur romain, proche du dossier, le 14 septembre 2020.

Toutefois, l’enthousiasme n’est pas de mise en Extrême-Orient, où de nombreux catholiques craignent que la Chine fasse pression sur le Vatican pour que Hong Kong soit inclus dans le texte de l’accord : une conséquence possible de l’imposition de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, qui restreint considérablement les libertés – notamment en matière de religion – de l’ancienne colonie britannique.

Mais, on le promet à Rome, « il n’y aura aucun changement dans le texte », souligne la source dont Reuters tient à conserver l’anonymat, et qui ajoute : « les membres de la Curie impliqués dans ce dossier ont proposé que l’accord soit renouvelé, et le pape a donné son feu vert ».

La semaine passée, à Pékin, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian, avait déjà indiqué que la Chine était désireuse de renouveler cet accord, déclarant que « les deux parties continueront de maintenir une communication et une consultation étroites et d’améliorer leurs relations bilatérales ».

Le 14 septembre dernier, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, a déclaré aux journalistes qu’il « espérait et pensait » que Pékin renouvellerait un accord arrivant à son terme le 22 septembre 2020.

Un accord qui ne fait pas l’unanimité

Un optimisme de façade que le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong est loin de partager. Le haut prélat ne mâche pas ses mots depuis deux ans, afin de dénoncer un accord dont le but est, selon lui, de « vendre » et « d’offenser la mémoire des catholiques persécutés » pour leur foi, dans l’empire du Milieu.

Le père Bernardo Cervellera, chef de l’agence AsiaNews, demeure très sceptique : « (l’accord) n’a porté que très peu de fruits jusqu’à présent, et j’espère que le Vatican exigera davantage des Chinois », explique le religieux. 

Le 11 septembre dernier, il détaillait amèrement les résultats de l’accord sur Asianews : « La Chine a pu gérer les fermetures d’églises, les croix arrachées, les chasses aux prêtres, l’étouffement des communautés non officielles, l’interdiction de l’enseignement religieux pour les mineurs de moins de 18 ans sans aucune réaction du Vatican, à l’exception des réactions non entendues du cardinal Joseph Zen de Hong Kong et du cardinal Charles Bo de Yangon ».

« Ce n’est pas facile de traiter avec un régime communiste et athée qui considère la religion comme une ingérence, mais ce que nous avons vaut mieux que pas d’accord du tout », veut croire l’interlocuteur romain de Reuters. Et celui-ci de conclure : « le chemin de la normalisation diplomatique sera très, très long ». Le tout est de savoir à quel prix.