Le Vatican n’a pas bonne presse auprès des médias américains

26 Novembre, 2021
Provenance: fsspx.news

La couverture médiatique, très encadrée par le Vatican, de l’audience accordée par le pape François au président Joe Biden a entraîné les protestations de la presse américaine et de la Maison Blanche, qui aurait souhaité autrement exploiter l’événement. En filigrane, la question de l’avortement qui demeure très sensible outre-Atlantique.

La première visite de Joe Biden, en tant que président des Etats-Unis, au pape François, restera sans doute dans les mémoires des médias d’outre-Atlantique.

En effet, les journalistes voyageant avec l’hôte de la Maison Blanche n’ont pas eu accès au cœur de l’événement, empêchés qu’ils furent de couvrir en direct la poignée de main initiale et les premiers instants de la rencontre entre les deux chefs d’Etat.

Du côté du Vatican, on explique que la règle est la même pour tous, journalistes américains et vaticanistes de Rome ou d’ailleurs : plus personne ne peut filmer les premières minutes des rencontres entre le Saint-Père et ses augustes visiteurs, protocole Covid-19 oblige. Du moins, officiellement.

L’interdiction de couvrir ces moments précieux afin de « jauger » l’ambiance entre le pape et son hôte, a fait réagir l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, qui se sont indignés, comme le font les vaticanistes depuis plusieurs mois, de ne pouvoir faire leur travail normalement.

« Les journalistes couvrent les audiences papales des présidents américains depuis que Woodrow Wilson a rencontré Benoît XV en janvier 1919 », a réagi Steven Portnoy, correspondant de CBS News Radio, sur Twitter.

« Notre équipe de journalistes tous vaccinés et masqués est pourtant tout à fait apte à remplir sa mission qui est d’assurer la couverture indépendante de la rencontre entre le premier président catholique depuis 60 ans, et le chef de l’Eglise catholique », a-t-il ajouté.

Une bronca qui semble avoir résonné derrière les grilles de la Maison Blanche, puisque le porte-parole de la présidence, Jen Psaki, a également abordé les restrictions médiatiques du Vatican lors d’un point de presse.

« Ce que je peux vous assurer, c’est que nous travaillons, à travers tous les leviers dont nous disposons, pour obtenir l’accès de la presse au Vatican », a-t-il déclaré les jours précédant l’arrivée de Joe Biden au Palais apostolique.

Et d’ajouter : « nous croyons en la valeur de la presse libre. Nous croyons en l’importance de vous assurer d’avoir accès aux voyages du président et à ses visites à l’étranger. »

Enfin, selon des informations relayées par le journal La Croix, le secrétaire d’Etat américain lui-même s’est ému de la situation : décrochant son téléphone le 28 octobre dernier, la veille de l’audience papale, Anthony Blinken a demandé de parler à son homologue romain, le cardinal Pietro Parolin.

Mais le numéro « deux » du Vatican a fait la sourde oreille : la règle est la même pour tous a fait savoir, en substance, le cardinal au diplomate américain.

Le lendemain, après l’entrée au Vatican des 83 voitures, dont deux limousines blindées, constituant le cortège présidentiel, la secrétairerie d’Etat a fourni à la presse une poignée de photos de la visite et une vidéo assez largement retouchée de Joe Biden et de la première dame : un maigre lot de consolation.

Anthony Burr, expert en relations publiques et médias, et fondateur de Burr Media, a livré son analyse à Newsweek, au lendemain de la visite d’Etat : « le Vatican semble en avoir profité pour ‘gérer’ la visite en prétextant le protocole sanitaire mis en place depuis début de 2020. »

Et de se demander : « est-ce une censure en lien avec la question de l’avortement ? Très probablement. Le soutien de Biden au droit à l’avortement contraste fortement avec l’attitude du pape François qui continue d’assumer l’opposition de l’Eglise catholique à ce qui est considéré comme un ‘meurtre’.

« Les émissions en direct captent toujours toutes les nuances, qu’il s’agisse de commentaires ou de traits de langage corporel, aussi, en empêchant les médias de couvrir le direct, le Vatican peut maîtriser le récit à sa guise. »