Lecture : Rod Dreher, le danger du totalitarisme mou

16 Novembre, 2021
Provenance: fsspx.news

Pour Rod Dreher, le danger existe et il a un nom : le soft totalitarisme – tyrannie douce préfèreront dire les amoureux de la langue de Molière – d’autant plus insidieux qu’il avance masqué, en taisant son nom.

Pas de délit généralisé d’opinion, pas d’Etat policier, mais l’émergence d’une nouvelle forme de domination fondée sur un credo progressiste, animé d’une vision utopique qui pousse à vouloir réécrire l’Histoire et réinventer la langue, afin de refléter les nouveaux idéaux d’inclusion et de pseudo justice sociale.

Dans ce brouillard idéologique où il n’est pas aisé de voir ce qui se passe, l’écrivain qui, à l’instar de beaucoup d’occidentaux, pensait que la chute du mur de Berlin en 1989 avait signé la mort du dernier des totalitarismes modernes, a été bouleversé par les témoignages de plusieurs dissidents issus des pays du pacte de Varsovie, réfugiés aux Etats-Unis : c’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à écrire son livre Résister au mensonge, vivre en chrétiens dissidents.

Selon les témoins cités par l’auteur, la situation que vit l’Occident à l’aube du troisième millénaire est semblable à celle qu’ils ont eux-mêmes connu dans leur pays d’origine, lors de l’arrivée des communistes au pouvoir.

Dans cette nouvelle dictature mondiale d’idéologies apparemment humanistes, pas de place pour un christianisme qui devra être systématiquement éradiqué, mais de façon douce, sournoise, par voie de conséquence plus difficile à combattre pour des chrétiens qui doivent résister « en vivant sans mentir », fidèles à leurs principes.

L’ouvrage de Rod Dreher – en forme de manifeste de résistance passive – se compose de deux parties.

La démocratie libérale et le totalitarisme

Dans la première, l’auteur montre que, malgré son apparente permissivité, la démocratie libérale dégénère aujourd’hui en quelque chose qui ressemble fort au totalitarisme dont elle semblait avoir triomphé à la fin de la guerre froide.

Sont ici notamment explorées les sources de cette tyrannie que la philosophe Hannah Arendt a déjà brillamment décrites dans Les origines du totalitarisme, un ouvrage qui n’a pas perdu une ride, plus de soixante-dix ans après sa parution, et que l’on gagnerait à relire.

Dans la seconde partie, Rod Dreher déploie sa méthodologie d’une résistance passive efficace face aux mensonges, et montre en quoi la religion et l’espérance chrétiennes sont au cœur de tout combat : « nous ne pouvons pas espérer résister au soft totalitarisme si notre vie spirituelle n’est pas bien ordonnée », prévient l’écrivain qui répète, avec Soljenitsyne, que la crise actuelle « n’est pas politique, mais spirituelle ».

L’auteur montre encore dans quelle mesure l’acceptation de la souffrance permet-elle de vivre dans la vérité ; comment reconnaître les faux messages du totalitarisme nouveau, et de lutter contre ses tromperies.

Pour Rod Dreher, il est impossible d’échapper à cette lutte : « le prix de la liberté, c’est l’éternelle vigilance, d’abord sur son propre cœur », explique-t-il.

Beaucoup pourraient se décourager et dire que la cause semble perdue, aussi l’auteur leur répond : « nous sommes toujours là. A présent, notre mission est de construire la résistance souterraine à l’occupation, de garder vivante la mémoire de notre identité passée et présente, et d’attiser les feux du désir pour le vrai Dieu ».

Un beau programme de lutte contre ceux que Rod Dreher nomme les « saboteurs du royaume de Dieu », qui met le lecteur en haleine du début à la fin.

Un bon antidote au marasme ambiant, capable de réveiller l’ardeur et la fougue des baptisés endormis, car, prévient l’auteur, « les dissidents chrétiens ne pourront organiser la résistance que si leurs yeux se dessillent et voient enfin la véritable nature et les méthodes de l’idéologie totalitaire ».

Un ouvrage pour les longues soirées d’automne au coin du feu.

Un mot sur l’auteur. Rod Dreher, né en 1967, a été élevé dans le méthodisme, un courant séparé de l’Eglise anglicane au XVIIIe siècle, assez présent aux Etats-Unis, son pays de naissance. Il s’est converti au catholicisme en 1993. Suite à la révélation du scandale des abus aux Etats-Unis en 2001, il se détourne de la religion catholique pour adhérer à l’Orthodoxie en 2006. Ce qui peut expliquer certains aspects de son livre.

Rod DREHER, Résister au mensonge, vivre en chrétiens dissidents, Artège 2021, 18€