L’Eglise catholique en déclin dans le monde occidental

27 Décembre, 2019
Provenance: fsspx.news
Vatican II, le concile qui a vidé l'Eglise

Si le nombre de fidèles catholiques augmente en valeur absolue comme le montre la dernière enquête publiée par l’agence Fides (voir DICI n°390, novembre 2019), l’analyse des situations locales demeure alarmante pour la chrétienté, en particulier dans les pays occidentaux.

Aux Etats-Unis

La dernière enquête du Pew Research Center de Washington (Etats-Unis) publiée cet automne, révèle que les chrétiens, toutes confessions confondues, sont passés de 78% de la population en 2007 à 65% en 2019. Dans le même temps, ceux qui se déclarent athées, agnostiques ou sans religion sont passés de 16% à 26%. Les chrétiens qui ont déclaré avoir assisté à la messe ou à un autre office au moins une fois par mois, sont passés de 54% à 45%. Alors que ceux qui ont déclaré ne l’avoir fait que quelques fois en une année ou jamais, sauf pour les mariages et les funérailles, ont augmenté de 45% à 54%.

Cette chute de la pratique religieuse concerne de manière identique aussi bien les hommes que les femmes, les blancs que les noirs et les hispaniques, et aussi bien ceux qui sont titulaires d’un diplôme que ceux qui sont peu instruits.

C’est surtout l’âge et la tendance politique qui marquent une forte différence. Ceux qui sont nés dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix ainsi que ceux qui votent pour le Parti démocrate sont les citoyens américains qui enregistrent la plus grande chute de la pratique.

Parmi les citoyens américains d’origine hispanique, les catholiques étaient majoritaires il y a dix ans, avec 57%. Ils sont aujourd’hui moins de la moitié, soit 47%.

La région où la chute des catholiques américains est la plus prononcée, est le Nord-Est où ils sont passés de 36% à 27% de la population ces dix dernières années.

En Argentine

D’après une étude publiée par le Conseil national de recherches scientifiques et techniques de la République d’Argentine (Conicet), le nombre de catholiques au pays du pape François a chuté de 13% entre 2008 et 2019. L’étude réalisée sur un échantillon représentatif de 2.421 personnes précise que 62,9% des 45 millions d’Argentins se considèrent comme catholiques. Ils représentaient 76,5% de la population en 2008.

Les personnes ayant indiqué ne pas avoir de religion constituent actuellement 18,9% de la population, contre 11,3% en 2008. L’étude du Conicet souligne que le nombre de fidèles des Eglises évangéliques est passé de 9% à 15,3% en onze ans.

L’étude constate que « les espoirs suscités par l’élection du pape François en mars 2013 n’ont pas été suivis d’effets ». 82% des sondés ont confirmé que cette élection n’avait eu « aucun impact sur leur religiosité », et seulement 8% ont assuré qu’elle avait « renforcé leurs croyances religieuses ». Selon les auteurs de l’étude, la figure du pape François n’est « pas un facteur d’unification », mais plutôt de division dans son propre pays. Si plus d’un quart des sondés (27,4%) considère que le Saint-Père est une « autorité mondiale » dans la « dénonciation de situations d’injustices sur la planète », un nombre semblable (27%) de ses compatriotes pense que le souverain pontife s’est « trop impliqué en politique » et que « cela a perturbé sa fonction spirituelle ».

L’étude du Conicet illustre également une grande rupture générationnelle. Ainsi, parmi les habitants de 65 ans et plus, la proportion des catholiques demeure assez haute (81,5%). Mais elle chute à 52,5% chez les personnes âgées de 18 à 29 ans, représentant 57,4% chez les personnes entre 30 et 44 ans. Les « sans religion » ont ainsi augmenté de 25% chez les jeunes de 19 à 29 ans.

Les recherches révèlent également des disparités régionales. Il y a ainsi une plus grande présence de ceux qui s’identifient comme « sans religion » dans la région de Buenos Aires, la capitale, où la part de catholiques est l’une des plus basses du pays (56,8%). Pour les auteurs de l’étude, ce déclin s’explique par « l’effet de sécularisation » qui touche notamment la capitale.

En Italie

En Italie également, les catholiques sont en déclin comme le démontre le dernier sondage IPSOS publié en novembre 2019. Le nombre des catholiques pratiquants – qui assistent aux offices religieux au moins une fois par semaine – a baissé en 10 ans de 21% à 14% de la population.

En revanche, le nombre de ceux qui se définissent comme non-croyants a presque doublé, passant de 14% à 27% des Italiens, avec des pics plus élevés chez les jeunes – 46% des 18 à 24 ans et 39% des 25 à 34 ans –, et cela parmi les couches les plus actives et les plus instruites, surtout dans le nord du pays.

Aux élections européennes du printemps 2019, le mouvement politique le plus restrictif sur la question de l’immigration, la Ligue du Nord, a été le parti le plus plébiscité par les catholiques pratiquants, aussi bien les assidus avec 32,7%, que les occasionnels avec 38,4%, contre 18,9% chez les non-croyants.

« Même si l’Eglise et le pape se sont explicitement et vigoureusement exprimés en faveur d’une politique d’accueil ouverte (…) » des migrants, « le sentiment qui prévaut même chez les catholiques les plus assidus c’est le soutien aux politiques plus restrictives », souligne l’enquête.

En Suisse

En Suisse, l’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI) a publié, le 26 novembre 2019, les résultats de la statistique ecclésiale pour 2018. Il constate une hausse significative du nombre des sorties d’Eglise : 25.366 en 2018 soit un quart de plus que les 20.014 enregistrées en 2017.

L’enquête laisse transparaître également des changements de comportement de la part des membres de l’Eglise. Depuis les années 1990, on assiste à une chute du nombre des mariages catholiques. Au cours des cinq dernières années, il a reculé de 20%. En 2018, seules 3.200 unions ont été célébrées à l’église. Depuis 2013, le nombre des baptêmes dans les familles dites catholiques a diminué en Suisse de 11%. Le diocèse de Bâle (62% des familles catholiques) et le diocèse de Sion (65%) se situent dans cette estimation, contrairement au diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg où le phénomène de diminution est encore plus répandu, puisque seulement un enfant sur deux, né dans une famille d’origine catholique, a été baptisé en 2018.

Le nombre des entrées a toutefois augmenté en 2018 au sein de l’Eglise catholique, relève l’Institut suisse de sociologie pastorale. Celui-ci ne précise toutefois pas s’il s’agit du nombre de baptêmes ou de réintégrations de membres dans l’Eglise.

L’analyse sociologique

« Les sorties d’Eglises sont un phénomène de fond dans toute la zone occidentale », souligne Jörg Stolz, professeur de sociologie des religions à l’Université de Lausanne. « A une certaine époque, l’on pensait que les Etats-Unis faisaient figure d’exception, mais les dernières données confirment que la situation y est la même qu’en Europe ou qu’en Australie ».

L’universitaire remarque que le profil type de la personne qui sort de l’Eglise est « un jeune, au style de vie urbain, qui ne ressent pas de lien particulier avec la religion » : une catégorie de la population qui a tendance à croître dans les pays occidentaux. « Ces personnes décident généralement de sortir de l’institution suite à un déclencheur. Ce peut être lorsqu’elles s’aperçoivent qu’elles payent des impôts ecclésiastiques, quand elles se ressentent en désaccord avec un point de morale, ou lors de l’éclatement d’un scandale ».

Selon le sociologue, « les Eglises font déjà beaucoup » pour améliorer leur « offre », pour se rendre plus attractives et plus proches des personnes. « Mais il existe des tendances lourdes liées à la sécularisation. On observe déjà depuis le XIXe siècle que chaque génération est un peu moins religieuse que la précédente. Il est probable que cela se poursuive ».

Jörg Stolz note qu’il s’agit essentiellement d’un problème d’identification : les personnes ne se sentent plus liées à une communauté religieuse. « Finalement, la désaffiliation n’est qu’une concrétisation de l’état déjà effectif de distanciation de la religion » conclut-il. – Telle est la conséquence concrète de l’indifférentisme et du laïcisme des sociétés modernes qui ont rejeté Dieu de la vie sociale et politique.