Les 50 ans de la nouvelle messe : les nouvelles prières eucharistiques (4)

19 Septembre, 2020
Provenance: fsspx.news

Le nouveau missel, promulgué par le pape Paul VI le 6 avril 1969, comportait 3 nouvelles prières eucharistiques approuvées le 23 mai 1968. Les péripéties rocambolesques de leur élaboration ont été rapportées dans les trois premiers articles. Ce n’était que le prélude d’un foisonnement plus ou moins contrôlé.

Lorsque Paul VI approuva finalement la création de trois nouvelles prières eucharistiques, il prit la peine de préciser : « Que l’on compose ou recherche deux ou trois anaphores à utiliser en des temps particuliers. 1 » Mais de fait, les trois nouveaux textes réalisés par le Consilium ne se limitent pas à un temps particulier, et peuvent être utilisés toute l’année.

Cependant, ces innovations furent bientôt perçues comme insuffisantes. La porte du changement avait été entrouverte : elle allait s’ouvrir de manière béante sous le vent impétueux de la science enflée de néo-liturges de tout poil, démangés par le prurit de la nouveauté.

Les initiatives privées

Durant les années 70 spécialement, de nombreux textes privés de prières eucharistiques voient le jour. Ils ont parfois l’honneur de la publication.2  Mais il arrive souvent que le prêtre célébrant se sente pousser les ailes de l’inspiration et se mette à improviser. Le phénomène devient si préoccupant qu’il doit être réprimé.

C’est ainsi que la Congrégation pour les sacrements et le culte divin faisait paraître le 3 avril 1980 l’instruction Inaestimabile donum, sur quelques normes relatives au culte du mystère eucharistique. Il s’y lit au n° 5 : « On doit utiliser seulement les prières eucharistiques contenues dans le missel romain ou légitimement admises par le Siège apostolique, selon les modalités et dans les limites qu’il a fixées. Modifier les prières eucharistiques approuvées par l’Eglise ou en adopter d’autres dues à la composition privée est un abus très grave. »

Il faut noter également cette précision du n° 4 qui peut paraître stupéfiante : « La proclamation de la prière eucharistique, qui, par nature, est comme le sommet de toute la célébration, est réservée au prêtre en vertu de son ordination. C’est donc un abus de faire dire certaines parties de la prière eucharistique par le diacre, par un ministre inférieur ou par les fidèles. »

Mais cette mise en garde qui paraît sévère s’est révélée nettement insuffisante. Les abus continuèrent à prospérer. Les années suivantes voient les avertissements défiler. Dès 1988, le pape Jean-Paul II se sentait obligé de rappeler que « l’on ne peut tolérer que certains prêtres s’arrogent le droit de composer des prières eucharistiques 3 ».

Quinze années plus tard, la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements doit encore intervenir. Elle publie le 25 mars 2004 l’instruction Redemptionis Sacramentum, sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie. Et la liste est longue, très longue…

Le n° 51 répète les avertissements qui l’ont précédé : « On doit utiliser seulement les Prières eucharistiques contenues dans le Missel Romain ou légitimement approuvées par le Siège Apostolique, selon les modalités et dans les limites qu’il a fixées. “On ne peut tolérer que certains prêtres s’arrogent le droit de composer des Prières eucharistiques” ou qu’ils modifient le texte approuvé par l’Eglise, ou encore qu’ils adoptent d’autres Prières eucharistiques, dues à la composition privée. » (Cf. Inaestimabile donum et Vincesimus quintus annus)

Le n° 52 répète en insistant, le n° 4 d’Inaestimabile donum : « La proclamation de la Prière eucharistique, qui, par nature, est le sommet de toute la célébration, est réservée au prêtre en vertu de son ordination. Ainsi, c’est un abus de faire dire certaines parties de la Prière eucharistique par un diacre, par un ministre laïc, ou bien par un fidèle ou par tous les fidèles ensemble. C’est pourquoi la Prière eucharistique doit être dite entièrement par le prêtre, et par lui seul. »

Si une telle insistance est nécessaire, c’est que les abus se sont bien perpétués. Et l’on comprend alors mieux que des prêtres aient continué à associer les fidèles aux formules sacramentelles. Ce qu’est venu confirmer de manière brutale le décret de la Congrégation pour la doctrine de la foi concernant le baptême du 6 août dernier, obligeant un prêtre à se faire baptiser. Un deuxième cas a été révélé aux Etats-Unis le 17 septembre.

Les nouvelles prières eucharistiques officielles

A peine le nouveau missel est-il promulgué que des demandes de nouvelles prières eucharistiques commencent à poindre. Une enquête internationale est lancée. Elle aboutit, dès le 1er novembre 1973 à la promulgation d’un Directoire des messes d’enfants par la Congrégation pour le culte divin.

C’est ainsi que l’épiscopat français, avec d’autres conférences épiscopales francophones, soumet à Rome, en 1973, une demande d’approbation de trois prières eucharistiques adaptées aux enfants. Le pape Paul VI agrée la demande et autorise également la préparation d’une prière eucharistique à l’occasion de l’année sainte (1975) et qui pourra être utilisée dans des messes pour la réconciliation.

Le 1er novembre 1974, le Congrégation pour le culte divin promulgue trois prières eucharistiques pour les messes d’enfants et deux autres sur le thème de la réconciliation. Les formulaires pour les enfants sont d’une platitude affligeante, le premier surtout. Mais il ne pouvait en être autrement. Le deuxième cherche à faciliter la sacrosainte participation par des acclamations. Et le troisième contient des parties variables. Que retiendra l’enfant de pareilles cérémonies ?

Enfin, une prière eucharistique est autorisée à l’occasion du synode des catholiques de Suisse (1974). Elle a ensuite été concédée aux autres pays et remodelée. Elle a pour titre aujourd’hui : “Prière eucharistique pour des circonstances particulières”, et s’emploie pour les grands rassemblements. Sa promulgation date du 2 février 1978.

Mais auparavant, en 1977, à des dates variables suivant les pays, des variantes introduites dans les quatre premières prières eucharistiques étaient approuvées. Ces variantes sont autorisées selon les temps, les fêtes ou encore pour des occasions diverses tel un baptême ou un mariage.

Ainsi, en quelques années, le rite latin qui n’avait toujours possédé qu’un unique canon, ayant nourri le culte et la méditation du clergé et des fidèles pendant tant de siècles, était soudain bardé d’une dizaine de prières eucharistiques sorties – à l’exception de la première – de la conception liturgique du temps. Conception qui n’allait pas tarder à être datée, de l’aveu même des plus enthousiastes.

Sans oublier que, dans la pratique, nombre de prêtres continuent à mitonner les cérémonies suivant l’humeur du moment ou l’actualité séculière. En fait, le décret du 23 mai 1968 a introduit un germe de dégénérescence dans les prières eucharistiques. Celle-ci s’est bientôt transformée en cancer anarchique, envahissant toute la liturgie, malgré les tentatives pour l’éradiquer.

Le 14 juin 1975, le P. Annibale Bugnini signe un texte qui sera publié par la Congrégation des sacrements et du culte divin, dans lequel il attaque avec véhémence certaines dérives et le fait de vouloir composer ses propres textes liturgiques. Il a cette réflexion : « Mais peut-être faudrait-il, avec un brin d’humilité, se garder de faciles illusions. Quiconque se met à “créer” est convaincu qu’il produit des chefs-d’œuvre, naturellement. Mais qu’en est-il en réalité ?4 »

S’il avait pu se poser cette question à lui-même avec un brin d’humilité, un désastre sans nom aurait peut-être été épargné à l’Eglise…

  • 1. A. Bugnini, La riforma liturgica (1948-1975), Roma, Edizioni liturgiche CLV, 1983, p. 444.
  • 2. Par exemple, Dieudonné Dufrasne, Frédéric Debuyst et Cinette Ferrière, Rendre grâce aujourd’hui. Essais de prières eucharistiques pour notre temps, Paris, Centurion, 1975.
  • 3. Lettre apostolique Vincesimus quintus annus, du 4 décembre 1988.
  • 4. La Documentation catholique, n° 1693, 7 mars 1976, p. 243.