Inde : « Les chants de Noël ne sont pas un crime »

17 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
La Haute Cour du Madhya Pradesh à Jabalpur

Après quatre ans de batailles juridiques, la Cour suprême a acquitté le père George Mangalapilly, accusé par des militants hindous d’avoir forcé la population locale à se convertir par la “ruse” des chants de Noël chantés par un groupe de séminaristes dans un village.

L’affaire remonte au 14 décembre 2017, lorsqu’un groupe de 32 étudiants du collège théologique St. Ephrem du diocèse de Satna (Madhya Pradesh), accompagnés de deux prêtres et d’un chauffeur local ont été attaqués par des hindous radicaux qui les accusaient de chanter des cantiques de Noël dans les rues du village de Jawahar Nagar Bhumkahar.

Les deux prêtres et les 32 séminaristes ont été placés en garde à vue. Les militants hindous, membres pour la plupart du Bajarang Dal, ont demandé que des mesures soient prises à leur encontre pour avoir tenté de convertir des hindous.

Les militants hindous ont ensuite mis le feu à la camionnette utilisée par les séminaristes pour rejoindre le village et ont attaqué le poste de police où le groupe de catholiques avait été emmené.

Le P. George Mangalapilly, professeur au St. Ephrem’s Theological College dans le diocèse de Satna, qui faisait partie du groupe, était de plus accusé d’avoir converti au christianisme Dharmendar Dohar, un hindou, en lui offrant une prime de 5 000 roupies (environ 60 euros), à la même époque.

La police a inculpé le P. Mangalapilly et laissé les autres en liberté. Il était accusé de « conversion forcée ». Le prêtre a été libéré sous caution le jour suivant, mais l’affaire a été instruite.

L’accusation reposait sur la déclaration d’un témoin, qui affirmait que Dohar avait été soudoyé et converti au christianisme.

Mais Dohar a repoussé cette allégation et a déclaré au tribunal qu’il n’était pas converti comme on le prétendait. Cependant, le tribunal de première instance a tenu le prêtre pour coupable.

Le P. Mangalapilly a donc saisi la Haute Cour du Madhya Pradesh, mais la plus haute juridiction de l’Etat a rejeté sa demande en août 2020, ce qui l’a contraint à saisir la Cour suprême de l’Inde.

Un tribunal de trois juges de la Cour suprême a enfin annulé l’ordonnance de la Haute Cour du Madhya Pradesh et définitivement acquitté le prêtre.

« En dehors d’un témoignage extérieur, il n’y a rien d’autre dans le dossier qui pourrait potentiellement être invoqué contre l’appelant », a constaté la Cour Suprême.

« Nous sommes très heureux que l’affaire ait été classée », a déclaré à AsiaNews le père Maria Stephen, responsable des relations publiques du diocèse de Madhya Pradesh. « Cette affaire nous tourmentait depuis plusieurs années, même si nous n’avions aucun doute sur le fait que les accusations étaient infondées. »

Le P. George Mangalapilly était soulagé après la lecture du verdict : « Bien que je n’aie jamais été détenu en prison pendant plus de 24 heures et que je sois certain de mon innocence, ces quatre années ont été exaspérantes, surtout après que la Haute Cour a rejeté la première motion de rejet en août 2020. »

La conversion religieuse est un sujet brûlant dans de nombreuses régions de l’Inde, notamment au Madhya Pradesh. Les prêtres et les missionnaires sont souvent pris pour cible par les groupes hindous extrémistes, qui les accusent d’incitation à la conversion et corruption.

Récemment, les fondamentalistes hindous qui dirigent cet Etat ont alourdi les peines prévues pour ce “crime”, pour intimider la petite communauté chrétienne locale. Ils accusent les missionnaires chrétiens de convertir les hindous de caste inférieure et d’autres indigènes crédules.