Les dissidents catholiques de Hong Kong condamnés par Pékin

24 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Jimmy Lai menotté, le 3 décembre 2020

Le maître de Pékin doit-il avoir peur des catholiques ? Sur les neuf dirigeants, âgés de 64 à 82 ans, de l’opposition hongkongaise condamnés le 16 avril 2021, pour avoir contesté une série de mesures liberticides émanant du pouvoir communiste, cinq sont catholiques.

« Ils ont été formés dans des paroisses, des écoles et des associations catholiques, c’est là qu’ils ont trouvé la source de leur engagement politique et social, par esprit de fidélité à l’égard de leur foi et de cohérence par rapport à leur conscience de catholiques », explique le père Gianni Criveller, religieux membre de l’Institut pontifical pour les missions étrangères (PIME).

Le missionnaire évoque – dans Mondo e Missione, revue officielle du PIME – les figures de ces cinq catholiques qui se sont dressés contre la politique du président chinois Xi Jinping.

La personnalité la plus connue est Martin Lee. Cet avocat de 82 ans, ancien parlementaire, a été condamné à 12 mois de prison, avec sursis : « pour les catholiques, c’est un personnage familier, qui sert la messe tous les matins dans l’église Saint-Joseph en plein centre ville. Il a figuré pendant des décennies parmi les conseillers les plus appréciés du diocèse », explique le père Criveller.

Attachante également, la figure de Lee Cheuk-Yan, parlementaire de 64 ans, converti de l’anglicanisme. Son épouse Elizabeth Tang, orpheline, a été « adoptée » avec ses deux sœurs par le Père Adelio Lambertoni, originaire de Velate. « Cheuk-Yan fréquente la paroisse catholique de son quartier et la maison des Missions étrangères de Paris (MEP) », précise le missionnaire du PIME.

Le père Criveller évoque encore Cyd Ho, une femme âgée de 66 ans, condamnée à huit mois de prison pour avoir pris part à une manifestation pacifique : « elle m’a confié un jour avoir été baptisée par un missionnaire des MEP, alors qu’elle était encore une enfant ».

Jimmy Lai, 72 ans, catholique lui aussi, a été condamné à 14 mois de prison. Fondateur d’Apple Daily, journal le plus populaire de Hong Kong, « il s’est converti à l’âge adulte grâce à l’évêque de Hong Kong d’alors, devenu ensuite le cardinal Joseph Zen Ze-kiun », tient à souligner le père Criveller.

Ce n’est donc pas un hasard si, le 1er mars dernier, le cardinal Zen s’est présenté devant le tribunal de Kowloon, afin de protester contre la détention de son ami et des autres dissidents.

Dernière figure de la résistance catholique au Parti communiste chinois (PCC), Margareth Ng. Cette magistrate, au moment où elle écopait de 12 mois de prison avec sursis, s’est adressée à ses juges : « j’ai vieilli au service de l’Etat de droit. Je sais que saint Thomas More est le saint patron des hommes de loi. Il a été jugé pour trahison parce qu’il n’avait pas plié la loi à la volonté de son roi ».

L’impitoyable mise au pas de Pékin… et le silence du Vatican

Depuis 2019, Hong Kong traverse la crise la plus grave depuis sa rétrocession à la Chine, le 1er juillet 1997. Fin juin 2020, le climat politique et social s’est tendu lors de la promulgation de la loi controversée sur la « sécurité nationale ».

Avançant tel un rouleau compresseur, Pékin engage une nouvelle réforme le 30 mars 2021 : dorénavant, les candidatures pour les élections législatives devront être validées par un comité acquis au pouvoir chinois. Cette réforme du système électoral accentue encore les prérogatives du pouvoir central chinois et marginalise le rôle de l’opposition.

Dans le même temps, le Saint-Siège – assez réactif lorsqu’il s’est agi de défendre les Rohingyas du Myanmar – demeure silencieux sur le cas préoccupant des dissidents catholiques de Hong Kong : un mutisme en relation avec l’accord provisoire signé avec Pékin, et dont on peine à voir les fruits.

Une attitude qui reste incompréhensible à beaucoup de catholiques chinois, aux dires du père Criveller : « autant que je sache, la plupart des catholiques de Hong Kong sont terriblement déçus. Alors qu’ils sont en train de traverser les plus grandes difficultés de leur histoire depuis l’invasion japonaise, le Saint-Siège garde le silence. »