Les surprenantes confidences du cardinal

22 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news
Le cardinal Oscar Maradiaga et le pape François

L’un des cardinaux faisant partie de la garde rapprochée de l’actuel pontife romain vient de livrer une brève analyse des grandes étapes d’un pontificat qui paraît de plus en plus réglé comme du papier à musique.

Arturo Toscanini aimait à dire qu’il y a deux sortes de chefs d’orchestre : ceux qui ont la partition dans la tête et ceux qui ont la tête dans la partition.

Le cardinal Oscar R. Maradiaga – archevêque émérite de Tegucigalpa et coordinateur du C9, le conseil des cardinaux chargé d’entourer le pape dans sa réforme de la Curie romaine – semble relever de la première catégorie décrite par le célèbre maestro italien.

C’est ce que laisse, en tout cas, entrevoir l’entretien à bâtons rompus accordé par le haut prélat, à la chaîne Rome Reports, le 18 janvier 2022.

Le cardinal commence par confirmer que l’idée du C9 a germé durant les « réunions du pré-conclave », avec un but clairement exprimé : « que l’information ne passe pas uniquement par les nonciatures apostoliques ou la secrétairerie d’Etat » et que le pape « soit soutenu par un groupe de cardinaux “de base” ».

Encore faudrait-il savoir ce que recouvre, dans la pensée du porporato, l’expression « cardinaux de base », qui semble exclure une partie du Sacré-Collège, et pour quelle raison.

Mais ce qui apparaît au grand jour, c’est que le court-circuitage de la Curie était bien à l’agenda des préparatifs du conclave de 2013.

Plus intéressante encore, la description d’un pontificat qui paraît programmé à l’avance, comme on dispose le cartonnage perforé dans un orgue de barbarie ; il n’y a plus qu’à tourner la manivelle pour que la partition prenne vie : l’œuvre du pape François consisterait en « une réforme à trois niveaux », selon Mgr Maradiaga.

« Un premier niveau spirituel, soutenu par des gestes et des événements tels que le jubilé de la Miséricorde ; un deuxième niveau ecclésiologique où il est demandé à l’Eglise de réfléchir sur la notion de synodalité ; et enfin un niveau institutionnel, avec un remaniement des dicastères afin de promouvoir la transparence économique et la lutte contre les abus. »

Pour le coordinateur du C9, il serait illusoire de croire que le règne du pontife argentin fût parvenu à son terme : « celui qui pense que la page se tourne pour le pape François se trompe », explique le cardinal hondurien. Il révèle aussi l’ultime étape prévue pour l’actuel pontificat : « il faut consolider la réforme par de nouvelles nominations ».

Autrement dit, verrouiller les acquis des dernières années, afin de les protéger d’un éventuel vent de restauration dû au possible effet balancier d’un futur conclave, un effet fâcheux pour les réformateurs, qu’il convient d’anticiper.

C’est peut-être aussi dans ce sens qu’il faut interpréter les dernières dispositions restrictives contre la messe traditionnelle prises via le motu proprio Traditionis Custodes, ainsi que les derniers consistoires par lesquels le souverain pontife maintient à son plus haut niveau le nombre de cardinaux électeurs, donnant un poids toujours plus important à la ligne réformiste, et excluant – a priori – l’élection d’un pape conservateur.

Une chose demeure cependant certaine : les dispositions de la Providence se situent bien au-delà des calculs humains, fussent-il les plus subtils. Stat Crux dum volvitur orbis, et bien audacieux qui oserait parier sur l’agenda du futur pontificat.