L’Espagne exhume « l’esprit Charlie »

13 Février, 2021
Provenance: fsspx.news
Polonia Castellanos

Le Sénat espagnol demande au gouvernement présidé par le socialiste Pedro Sanchez de revenir sur l’article du code pénal punissant encore le blasphème dans la vie publique. Le Parti Populaire et Vox, formations de droite minoritaires, s’opposent au projet porté par la gauche et l’extrême-gauche.

L’article 525 du code pénal espagnol en vigueur sanctionne de huit à douze mois de prison ceux qui « pour offenser les sentiments des membres d’une confession religieuse, dénigrent publiquement, oralement, par écrit ou tout type de document ses dogmes, croyances, rites ou cérémonies… ».

Un « délit de blasphème » que l’hétéroclite coalition gouvernementale de gauche et d’extrême-gauche entend bien faire disparaître, au plus vite.

Aussi, le 2 février 2021, la commission de justice du Sénat a-t-elle demandé au gouvernement d’abroger l’article 525, ou a minima de le modifier substantiellement, afin d’être en harmonie avec la jurisprudence européenne.

L’un des sénateurs à l’origine du projet de révision, Carles Mulet, a dénoncé dans cette loi qui punit le blasphème, un « anachronisme utilisé par certains groupes réactionnaires, afin de pratiquer un terrorisme judiciaire contre ceux qui ne pensent pas comme eux ».

On se demande de quel côté le terrorisme se trouve vraiment, quand on regarde l’une des dernières affaires de blasphème qui ayant défrayé la chronique judiciaire ces dernières années : un « artiste » Abel Azcona expose en  2015 une « œuvre » à Pampelune, puis récidive en  2016 à Berga, près de Barcelone. Elle consiste à écrire sur le sol, à l’aide de 242 hosties présentées comme consacrées, le mot « Pederastia » (pédophilie)…

Classée une première fois par le juge, la Cour constitutionnelle et même le tribunal des droits de l’homme de Strasbourg, la plainte a été réactivée en février 2019 devant un tribunal de Barcelone, qui a mis en examen l’artiste pour « possible délit de profanation » et « offense aux sentiments religieux ».

Pour veiller au grain et lutter contre la multiplication des discours de haine anti chrétiens, une association rassemblant des juristes a été créée en  2008 : elle dépose entre trente et quarante plaintes par an pour « défendre la liberté religieuse et la vie depuis sa conception jusqu’à la mort », explique sa présidente Polonia Castellanos. Mais pour combien de temps en aura-t-elle le pouvoir ?

Car, le 2 février dernier, les groupes parlementaires, à l’exception des formations de droite – Parti Populaire (PP) et Vox – se sont prononcés en faveur de la suppression de l’article 525 du code pénal, au nom d’une « adaptation à la sensibilité sociale du moment ».

Autant dire qu’il serait cohérent de fonder le droit et la loi sur les sables mouvants de l’opinion, ou pire, sur un soi-disant « esprit Charlie » aux relents de naphtaline qui, derrière ses indignations très sélectives, cache mal un certain nihilisme dont on sait qu’il fait, tôt ou tard, le lit du totalitarisme.