L’ombre du pape plane sur le procès Becciu

23 Novembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Le pape François en Thaïlande

Au Vatican, le procès des transactions financières présumées douteuses de la secrétairerie d’Etat a repris. Au cours de la dernière audience, une nouvelle passe d’armes a été échangée entre le procureur et la défense. En cause : le rôle joué par le pape François dans l’affaire.

« Nous devons prendre plus de temps avant de pouvoir vraiment entrer dans le vif du sujet. Si nous n’y parvenons jamais… » Le ton – perplexe – de la quatrième audience du procès concernant l’usage des fonds de la secrétairerie d’Etat est donné, en ce 17 novembre 2021, par le président du tribunal du Saint-Siège, Giuseppe Pignatone.

Pourtant, le procès semblait être enfin revenu sur ses rails au début du mois : le 3 novembre dernier en effet, le promoteur de justice – Alessandro Diddi – avait enfin remis au tribunal l’enregistrement de la déposition du témoin-clé de l’affaire, Mgr Alberto Perlasca, ancien chef de bureau à la première section de la secrétairerie d’Etat.

Las ! Il est très vite apparu que les enregistrements ont été coupés en plusieurs endroits : autant de retouches qu’Alessandro Diddi justifie « au nom de l’enquête en cours ».

Il n’en fallait pas moins pour voir la défense des six inculpés - dont le cardinal Angelo Maria Becciu - pousser des cris d’orfraie : « vous mutilez les pièces à conviction », a ainsi lancé au promoteur de justice l’avocat de l’ancien substitut de la secrétairerie d’Etat, Me Fabio Viglione.

Le pape François fait son apparition dans un témoignage

Quoi qu’il en soit, les enregistrements remis au tribunal ont donné à la défense de la matière afin de réclamer une nouvelle fois l’annulation de toute la procédure : le témoin-clé, interrogé par Alessandro Diddi y affirme en effet que le pape François en personne avait donné son feu vert à des transactions douteuses avec le courtier Gianluigi Torzi, accusé d’avoir extorqué au Saint-Siège la coquette somme de quinze millions d’euros dans l’affaire de l’immeuble londonien.

Sur l’enregistrement, Alessandro Diddi interrompt alors Mgr Perlasca : « ce n’est pas ce que dit le Saint-Père », lance le promoteur de justice.

Une « petite phrase » de trop pour la défense : Luigi Panella en déduit en effet que « le Saint-Père a été entendu comme témoin », ce qui cause un problème majeur de procédure. Sans parler qu’il n’existe aucun procès-verbal de l’éventuel témoignage papal. Impossible, pour l’avocat, de mener un procès juste et équitable dans de telles conditions.

C’est à ce moment que l’audience est suspendue pendant une heure, le temps pour le procureur de revoir sa copie.

A la reprise des débats, Alessandro Diddi contre-attaque : non, le Saint-Père n’a jamais été entendu comme témoin, le promoteur de justice faisait juste allusion dans l’enregistrement, explique-t-il, aux propos publics tenus par le pape pendant la conférence de presse donnée dans l’avion lors de son voyage en Thaïlande et au Japon, le 26 novembre 2019.

Le pontife argentin indiquait avoir découvert l’affaire de corruption après la plainte d’un responsable de l’Institut des œuvres romaines (IOR), la « banque » du Vatican, et donné alors tout pouvoir aux promoteurs de justice, pour enquêter dans les bureaux de la secrétairerie d’Etat.

La balle est désormais dans le camp du président du tribunal. Giuseppe Pignatone s’est donné jusqu’au 1er décembre prochain pour décider quelle suite donner au procès. Et a nommé Lucia Bozzi juge suppléante, pour l’aider à tenter de se frayer un chemin à travers une procédure longue et compliquée : un peu d’expertise féminine dans un univers impitoyable ne sera peut-être pas de trop…