L’organisation de Mère Teresa dans le collimateur du pouvoir indien

06 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news

Le gouvernement fédéral indien n’a pas renouvelé l’autorisation d’“organisation caritative reconnue” à la congrégation des Missionnaires de la Charité fondée par Mère Teresa de Calcutta, empêchant, de fait, la possibilité d’obtenir des financements étrangers et de poursuivre toutes les œuvres de l’institut.

Selon ce qui a été confirmé dans une note des Missionnaires de la Charité, reçue par l'agence Fides, « la demande en vertu de la loi sur la réglementation des contributions étrangères (FCRA) pour le renouvellement de l’enregistrement des Missionnaires de la Charité a été refusée le 25 décembre 2021 pour ne pas avoir rempli les conditions d’éligibilité ».

L’absence de réponse positive à la demande de renouvellement a été alourdie par « quelques éléments négatifs » découlant de la plainte déposée ces dernières semaines au Gujarat par certains groupes qui accusent les Missionnaires de la Charité de « convertir les gens au christianisme par leurs œuvres de service ».

Le père capucin Suresh Mathew, directeur de l’hebdomadaire Indian Currents, a déclaré à Fides : « Si le renouvellement n’est pas accordé aux Missionnaires de la Charité, la congrégation ne pourra pas fonctionner. Les 22 000 patients et personnes assistées se retrouveront sans nourriture ni médicaments. Cet engagement social et humanitaire ne doit pas être compromis. »

D’autres organisations caritatives risquent de se voir priver de fonds étrangers en Inde, selon The Hindu. « Des milliers d’organisations non gouvernementales (ONG) et caritatives sont dans l’attente d’une décision du gouvernement quant au renouvellement de leurs autorisations de percevoir des fonds étrangers d’ici à la fin de l’année. »

« En particulier, le gouvernement a utilisé les termes ambigus de “régulation du financement étranger en Inde”, pour contrer les ONG qui travaillent sur les droits humains, le travail des enfants et la question de l’esclavage. Sont également visés des groupes qui travaillent sur les questions relatives au changement climatique, explique The Hindu.

5’933 organisations ont ainsi perdu le statut requis par la loi sur les contributions étrangères. Si jusqu’au 31 décembre 2021, il y avait 22’762 licences actives, dès le 1er janvier on n’en compte plus que 16’829 soit une diminution de plus d’un quart.

Outre les Missionnaires de la Charité, d’autres ONG mondialement reconnues comme Oxfam India sont également touchées. On trouve encore la Tuberculosis Association of India – une organisation fondée à l’époque coloniale par la couronne britannique, afin d’assister les patients atteints de tuberculose, et se trouvant aujourd’hui sous le patronage de la présidence indienne.

L’Indian Youth Centres Trust, un important réseau d’établissements éducatifs, est également affecté, ainsi que Jamia Millia Islamia, une université musulmane historique, active depuis l’époque du Mahatma Gandhi. L’université est en ligne de mire, probablement pour avoir été au cœur de manifestations contre une loi controversée sur l’accès à la citoyenneté votée en 2019.

Malgré les protestations du gouvernement, le but politique de cette suppression est clair et évident. Le Bharatiya Janata Party, parti du président Narendra Modi, veut la disparition des religions étrangères de tout le territoire indien, et il promeut l’Hindutva – hindouité ou indianité – un concept politique qui sous-tend l’action de différentes formations politiques et culturelles indiennes.

Il existe des branches armées qui n’hésitent pas à molester les chrétiens, voire à détruire leurs édifices ou leurs maisons, et ils vont parfois jusqu’au meurtre. C’est ainsi que des brigades Hindutva ont commis des dizaines d’exactions à l’occasion de la fête de Noël.

La suppression des fonds venant de l’étranger est une méthode plus “douce”, mais pas moins efficace.