Massacre au Burkina Faso : l’Eglise en deuil

10 Juin, 2021
Provenance: fsspx.news
Cardinal Philippe Nakellentuba Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou

Un terrible carnage a été perpétré par des groupes armés non identifiés à cette heure, bien que la piste djihadiste soit privilégiée : au moins cent soixante civils, dont une vingtaine d’enfants, ont perdu la vie au nord-est du Burkina Faso. L’Eglise locale livre ses premiers témoignages, et appelle au jeûne et à la prière, en la fête du Sacré-Cœur.

« On n’a pas vu un tel massacre depuis 2015, le pays est sous le choc. » La nonciature apostolique de Ouagadougou (Burkina Faso) est l’une des sources de première main à donner des détails sur la tuerie qui a ensanglanté le village de Sohlan, une localité située à proximité de la frontière avec le Mali et le Niger, dans cette zone du Sahel dite des « trois frontières ».

Ce sont les prêtres en poste dans la paroisse de Sebba qui ont donné l’alerte, après avoir recueilli le témoignage d’un survivant parvenu à fuir l’enfer : « au petit matin [du samedi 5 juin 2021, ndlr] jusqu’à 6h, des hommes armés ont envahi la localité. Ils ont tiré des coups en l’air, avant de passer de maison en maison parce que les gens étaient encore au lit. Ils les ont exécutés purement et simplement.

« Ils ont ensuite brûlé le marché, les maisons, les boutiques, des véhicules, des camions, des moyens de transport qui étaient stationnés dehors », résume Mgr Laurent Dabiré, évêque de Dori et président de la conférence épiscopale du Burkina-Niger.

Le bilan de l’attaque a été revu à la hausse, et s’élève désormais à 160 morts, dont une vingtaine d’enfants – le plus jeune étant âgé de huit mois seulement – ont annoncé le 6 juin dernier des sources locales à l’Agence France-Presse.

« Nous ne connaissons pas le nombre exact de victimes, on parle de 160 morts mais cela pourrait être plus, ni quel groupe a commis le massacre », précise de son côté la nonciature.

La représentation diplomatique du Saint-Siège dans le pays livre à l’agence pontificale Fides une analyse de la situation au lendemain du carnage : « d’après une première évaluation, les autorités du pays semblent croire que ceux qui ont perpétré le massacre voulaient affirmer leur capacité à contrôler le territoire.

« L’armée a en effet organisé des groupes d’autodéfense des villages de la région. Avec ces massacres, les terroristes semblent avoir voulu répondre à ces initiatives défensives. En tout cas, cette zone est stratégique car elle relie le Mali et le Niger, en passant par le Burkina Faso. »

Les forces de sécurité peinent à enrayer la spirale de violences djihadistes qui ont fait depuis 2015 plus de 1 400 morts et plus d’un million de personnes déplacées fuyant les zones de violences.

Le cardinal Philippe Ouédraogo, qui fait figure de tête de proue de l’Eglise catholique au Burkina, appelle pour sa part à un jour de jeûne et d’abstinence exceptionnels le vendredi 11 juin, jour de la fête du Sacré-Cœur : « offrons le Saint sacrifice eucharistique de ce jour pour la réconciliation, la justice et la paix au Burkina Faso et dans le monde. Daigne le Seigneur par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie et de saint Joseph nous entendre et nous exaucer », a exhorté l’archevêque de Ouagadougou.

Plusieurs groupes armés opèrent dans la région, principalement le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, et l’Organisation Etat islamique dans le Grand Sahara. Depuis 2020, les djihadistes y font régner « la loi et la terreur » : une situation qui n’est pas près de s’améliorer depuis la mort, d’Idriss Déby, chef d’Etat tchadien tombé les armes à la main le 18 avril dernier, et le coup d’Etat au Mali, le 24 mai dernier.

Deux facteurs déstabilisateurs qui constituent une occasion pour les djihadistes, de pousser toujours plus loin leur avantage. Dans le sang et l’horreur.