Médias du Vatican : la communication sous pression

07 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Andrea Tornielli, directeur éditorial du Dicastère pour la communication

Rien ne va plus entre le pape François et les médias du Vatican, qui semblent avoir perdu l’exclusivité des propos du successeur de Pierre. Dernier accroc en date, l’entretien accordé par le pontife argentin à une radio hispanophone.

Mercredi 1er septembre 2021 : la radio catholique hispanophone COPE diffuse un entretien exclusif avec le pape François réalisé la semaine précédente à la Maison Sainte-Marthe. Quelques jours auparavant, COPE a même divulgué quelques unes des réponses du successeur de Pierre.

Ce n’est qu’après la diffusion de l’émission que Vatican News, le site officiel d’informations du Saint-Siège, publiera le script de l’entretien : un nouveau coup dur pour les médias du Vatican qui se trouvent, une fois de plus, relégués au rôle de simples relais d’une exclusivité qui leur revient de droit.

La tension n’est pas nouvelle : le 24 mai dernier, le pontife argentin, en visite officielle au Palazzo Pio, le saint des saints de la communication papale, avait comparé la « belle organisation » des médias du Vatican à une « montagne accouchant d’une souris ». Andrea Tornielli, directeur éditorial du Dicastère pour la communication, pourtant fidèle soutien du pape, menace de démissionner.

Il faut dire que l’utilisation de circuits parallèles est devenu une seconde nature chez le pape François, qui n’entend pas s’appuyer sur ses propres services pour diffuser sa parole.

Ce qui rend la fonction de communicant assez sportive, dans tous les sens du terme : ainsi le 2 janvier dernier, un employé de Vatican News n’en revient pas de voir son responsable courir au tabac-presse le plus proche, afin d’acheter un exemplaire de la Gazzetta dello Sport, l’équivalent romain de L’Equipe, auquel le pape François venait d’accorder un entretien exclusif.

Mais cette communication dérivée a ses limites, car en se diffusant « sans filet », c’est à dire sans être vérifiée par les services compétents, la secrétairerie d’Etat notamment, la parole du pape risque de tomber au moins dans l’approximation, ou pire, dans l’erreur.

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé lors de l’entretien diffusé par COPE le 1er septembre dernier. Interrogé au sujet de la crise afghane, le Saint-Père évoque des propos qu’il attribue à Angela Merkel :

« Il est nécessaire de mettre fin à la politique irresponsable qui consiste à imposer ses propres valeurs aux autres, ainsi qu’aux tentatives de construire la démocratie dans d’autres pays sur la base de modèles importés, sans prendre en compte les notions historiques, ethniques et religieuses, et en ignorant absolument les traditions d’autres nations. »

Et le pape François d’y voir la preuve de la « grande sagesse » de la chancelière allemande. Las ! Quelques heures plus tard, Associated Press, flairant l’erreur pontificale, lance l’alerte : les propos ne sont pas ceux d’Angela Merkel, mais du chef de l’Etat russe Vladimir Poutine, qui les a prononcés le 20 août dernier.

On imagine le sourire du maître du Kremlin recevant l’imprimatur involontaire du pontife romain !

La communication du Vatican, comme d’autres services pontificaux d’ailleurs, semble souffrir d’une certaine désorientation due à l’épais brouillard qui stagne au-dessus de la muraille léonine depuis plusieurs années. Certains se prennent à espérer, dans la Cité léonine, de voir bientôt un conclave.