Mexique : le ton monte entre l’Eglise et l’Etat

10 Mai, 2021
Provenance: fsspx.news
Mgr Hector Perez Villareal

Au pays des Cristeros, le piment monte souvent vite au nez de l’exécutif : alors que des élections législatives, cruciales pour l’avenir du pays, doivent se tenir le 6 juin 2021, l’épiscopat se lance dans l’arène politique, avec en ligne de mire la question de l’avortement et du mariage chrétien.

Si vis pacem, para bellum. Une devise que l’évêque auxiliaire de Mexico aurait pu faire sienne, à en juger par son audacieuse dernière prise de position : « pouvons-nous être libres en votant le 6 juin prochain ? Qui décidera de notre vote ? Les sondages, les campagnes médiatiques, les influenceurs ? Ceux qui en appellent au ‘vote utile’ ou au choix du ‘moins mauvais’ ne peuvent pas être de bons conseillers », écrit Mgr Hector Perez Villareal dans Desde la fe, le site officiel de l’archidiocèse, le 25 avril dernier.

Et pour que le message soit bien clair, le prélat ajoute : « nous devons éviter d’être complices de ces campagnes de désinformation, de soutenir les candidats qui sont opposés à la vie et à l’institution du mariage ».

Une pierre jetée dans le jardin du chef de l’Etat, Andres Manuel Lopez Obrador, un homme de gauche acquis aux idées progressistes.

« AMLO », comme il aime se faire appeler, ne s’y est d’ailleurs pas trompé : le lendemain même de la déclaration de Mgr Villareal, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué mettant clairement en garde les associations religieuses intervenant dans le débat politique.

Rappelant les dispositions de la Constitution et celles de la loi sur les associations religieuses et le culte public, le gouvernement exhorte fermement « tous les acteurs religieux, en particulier les ministres du culte, à se conduire de manière à continuer de contribuer, dans la période actuelle de campagne électorale, à l’édification d’une société pleinement démocratique et respectueuse des préceptes constitutionnels, dans le cadre de la laïcité de l’Etat mexicain ».

L’exécutif se fait plus menaçant : « prenez garde de ne pas vous engager dans la propagande ou le prosélytisme politique, que ce soit en faveur ou contre des candidats, des idéologies partisanes ou des partis politiques ».

Une manière de rappeler le statut, somme toute fragile, d’une Eglise catholique qui a péniblement obtenu la liberté de culte, après soixante-dix ans de persécutions de toutes sortes, des plus sanglantes – qu’on se rappelle les Cristeros – aux plus larvées.

Le Mexique se rend aux urnes le 6 juin prochain afin d’élire, au niveau fédéral et local, plus de 3 500 représentants. Le vote catholique apparaît comme essentiel, dans un pays où 80 % de la population revendique son appartenance à l’Eglise.

« AMLO » est de plus en plus contesté pour sa gestion de la crise sanitaire, ce qui augure mal du prochain scrutin. Le chef de l’Etat aurait suivi une « stratégie criminelle », selon Hector Hernandez, sociologue à l’Université autonome du Mexique (UNAM), qui accuse le pouvoir d’avoir minimisé l’hécatombe actuelle à des fins électorales.