Mosquée Sainte-Sophie : une transformation qui pourrait faire tache d’huile

12 Août, 2020
Provenance: fsspx.news
Mosaïque de Saint-Sauveur-in-Chora

Dans sa tentative d’apparaître à l’intérieur du pays comme le restaurateur de la grandeur passée de l’Empire ottoman, le chef de l’Etat turc, non content d’avoir fait de Sainte-Sophie une mosquée, pourrait faire subir le même sort à une antique église d’Istanbul reconvertie en musée : Saint-Sauveur-in-Chora.

Selon une information relayée par plusieurs médias orthodoxes, et dont La Croix s’est fait l’écho le 6 août 2020, le Conseil d’Etat turc aurait décidé, en novembre 2019, de confier ce qui est aujourd’hui le musée Kariye, à la Direction générale des établissements religieux d’utilité publique.  

« Il faut s’attendre à ce que le musée Kariye, une église byzantine naguère transformée en mosquée, connaisse un sort analogue » à celui de Sainte-Sophie, écrit Fabrice Monnier, spécialiste de l’Empire ottoman, le 24 juillet dernier, dans les colonnes du Figaro

Une façon pour Recep Tayyip Erdogan de faire l’unité dans le pays autour de l’époque idéalisée des grands sultans, à défaut de pouvoir s’imposer sur la scène internationale, en Syrie ou en Libye. 

Le musée Kariye est installé dans les murs de l’antique église Saint-Sauveur-in-Chora : l’édifice tire son origine du grec ancien Khora qui signifie campagne, parce que l'église et le monastère attenant - construits sous Justinien au Ve siècle - ont été édifiés à l'extérieur des murs de Constantin. 

Ce n’est qu’en 1511 - soit près de 60 ans après la chute de Constantinople - que l’église Saint-Sauveur fut transformée en mosquée par Atik Ali Pacha, grand vizir de Bajazet II. En 1945, la mosquée devient un musée. 

L’église est célèbre pour ses fresques et mosaïques, réalisées au XIVe siècle sous l’impulsion de Théodoros Metokhites, ministre du Trésor sous le règne d’Andronic II. Le narthex extérieur est orné de mosaïques retraçant la vie du Christ, tandis que le narthex intérieur évoque la vie de la Vierge Marie. On les considère comme les plus belles œuvres de la fin de la période byzantine. 

Saint-Sauveur-in-Chora suivra-t-elle la destinée de Sainte-Sophie ? Ce qui est sûr, c’est que la politique du chef de l’Etat turc ramène les chrétiens à la dure réalité d’un islam conquérant, loin des utopies sucrées de la déclaration d’Abou Dabi sur un pluralisme religieux qui serait voulu par la sagesse divine. Le temps n’est-il pas enfin venu de se dégriser des mirages de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux ?