Nouveaux cardinaux : à son image, il les créa

28 Octobre, 2020
Provenance: fsspx.news

Le souverain pontife a surpris plus d’un vaticaniste en annonçant la création de treize nouveaux cardinaux, lors de l’angélus du 25 octobre 2020. Désormais, les porporati créés par le pape François atteignent le nombre de soixante-treize, imprimant durablement au sein du Sacré-Collège, la marque du pontife argentin.

Ils sont treize : y verrait-on, oltretevere, le présage d’un avenir radieux ? Ce qui est sûr, c’est que les nouveaux cardinaux forment un ensemble assez hétéroclite – « bergoglien », chuchote-t-on dans les salons feutrés des palais apostoliques. Il s’y rencontre des curés de paroisse, des franciscains, un nonce en retraite, un ancien directeur de Caritas, un prédicateur de la Maison papale, quelques membres de la Curie, et des évêques issus de divers continents et terres de mission.

Le pape François élargit ainsi le collège des cardinaux, avec l’annonce d’un nouveau consistoire – le septième de son pontificat, pratiquement un par an – prévu le 28 novembre prochain. Si la cérémonie ne peut avoir lieu au Vatican, les nouveaux cardinaux devraient recevoir la barrette rouge vermillon dans leur pays respectif. 

La liste des nouveaux princes de l’Eglise met en évidence la volonté du pape argentin d’imprimer sa marque au sein du Sacré-Collège : les grands sièges épiscopaux – tels Turin, Milan ou Venise – restent privés de l’honneur de la pourpre ; l’attention aux pauvres, aux migrants, aux “périphéries”, semblent des critères plus importants.

A l’image de Mgr Paolo Lojudice : exerçant d’abord son ministère dans les quartiers populaire de Rome, le futur poporato est nommé auxiliaire de Rome en 2015, puis secrétaire de la Commission des évêques pour les migrants au sein de la Conférence des évêques d’Italie. Jusqu’à sa nomination en 2019 comme archevêque de Sienne, Mgr Lojudice était engagé dans la pastorale des « périphéries » de la capitale, se concentrant sur l’intégration des nomades et des Roms.

Il en est de même pour Don Enrico Feroci : âgé de plus de quatre-vingts ans – ce qui l’exclut du collège des électeurs – le prêtre diocésain se voit récompensé pour l’action exercée comme directeur de Caritas pour la ville de Rome. Certains voient dans cette nomination une forme de revanche contre le cardinal Camillo Ruini, ancien vicaire de la ville éternelle, qui appréciait peu le profil « Eglise des pauvres » de Don Enrico.

La présence de trois franciscains – capucins ou conventuels – est à noter. Le premier est le capucin Celestino Aos Braco, nommé l’an passé archevêque de Santiago du Chili. Barbe blanche et diplôme de psychologie en poche, Mgr Aos a été envoyé dans la capitale chilienne afin de régler plusieurs douloureuses affaires d’abus.

Puis le père Mauro Gambetti, franciscain conventuel, gardien du couvent Saint-François à Assise, que l’on pressentait prendre la direction de diocèses tels Naples ou Bari. Au lieu de cela, le Pape a inséré son nom parmi celui des nouveaux cardinaux, afin d’honorer la ville d’Assise, visitée par le pape régnant à quatre reprises : la dernière, à l’occasion de la signature de l’encyclique Fratelli Tutti.

Le troisième franciscain honoré de la pourpre, est le père Raniero Cantalamessa, ayant également dépassé quatre-vingts ans, théologien capucin, prédicateur de la Maison papale depuis les années 1980, sous trois pontificats. Un religieux proche de la mouvance charismatique.

La liste comporte aussi trois nominations « curiales ». Ainsi Mgr Mario Grech, évêque du diocèse maltais de Gozo, qui a succédé au cardinal Baldisseri, il y a à peine un mois, au poste de secrétaire général du Synode des évêques : Mgr Grech est connu pour encourager l’accès des « divorcés remariés » à la communion eucharistique dans son diocèse.

Egalement promu : Mgr Marcello Semeraro, l’ancien évêque d’Albano et secrétaire général du Conseil des cardinaux, que le Saint-Père vient de placer à la tête de la Congrégation pour la cause des saints, succédant au cardinal Angelo Becciu, destitué à la fin du mois septembre dernier, sur fond de scandale financier. Mgr Semeraro s’est tristement distingué par sa préface à un livre au titre évocateur : L’amour possible. Les personnes homosexuelles et la morale chrétienne, qui va jusqu’à prétendre que « les actes homosexuels correspondent à la nature de la personne et expriment un amour personnel ».

Dernière nomination curiale, celle d’un diplomate, en la personne de Mgr Silvano Tomasi, ancien nonce apostolique et secrétaire du conseil pontifical pour les migrants, la justice et la paix. Mgr Tomasi, qui vient tout juste d’avoir quatre-vingts ans, est pressenti pour remplacer le cardinal Angelo Becciu au poste de délégué spécial du Saint-Siège auprès de l’Ordre de Malte.

La dimension internationale du Sacré-Collège demeure un aspect cher au pape François : ainsi, le premier cardinal afro-américain est nommé en la personne de Mgr Wilton Gregory, archevêque de Washington D.C. (Etats-Unis). Un prélat jugé « progressiste ». Il n’a pas hésité à critiquer l’action du président Donald Trump, lors des émeutes raciales qui ont secoué le pays au printemps 2020.

Les territoires de mission sont mis à l’honneur avec la nomination de Mgr Cornelius Sim, vicaire apostolique du sultanat du Brunei, dont il est originaire ; ainsi que de Mgr Antoine Kambanda, archevêque de Kigali au Rwanda. Les Philippines se voient attribuer un second cardinal en la personne de Mgr Jose Fuerte Advincula, archevêque de Capiz.

Enfin, Mgr Felipe Arizmendi Esquivel, mexicain, ancien évêque de San Cristobal, qui a été secrétaire de la Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM), ayant franchi le cap des quatre-vingts ans.

Après le Consistoire du 28 novembre prochain – sauf démission ou décès – le Sacré-Collège comptera 232 membres, dont 128 seront électeurs, huit de plus que la limite maximale prévu par le motu proprio Ingravescentem Aetatate de 1975.

A noter qu’aucun Français ne figure dans la nouvelle promotion cardinalice, les deux derniers à avoir été élevés à la pourpre étant Mgr André Vingt-Trois en 2007, et Mgr Dominique Mamberti, en 2015. En revanche, l’Italie reçoit 6 nouveaux cardinaux, le Nouveau-Monde en reçoit 2, l’Asie 2 également, l’Afrique 1, l’Espagne et Malte 1.