Ordre de Malte : inquiétudes sur la réforme

26 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news

L’avant-projet de modification des constitutions de l’Ordre de Malte, censé demeurer confidentiel, vient de faire les frais d’une récente indiscrétion qui met à mal la volonté de réforme initiée depuis plusieurs années par les plus hautes autorités romaines.

Oltretevere, on se serait bien passé de cette énième fuite qui laisse désormais planer peu de doutes sur le degré d’étanchéité des murs de l’enceinte léonine.

Depuis plusieurs mois, le cardinal Silvano Tomasi, délégué spécial du Saint-Siège pour l’Ordre de Malte, prépare, dans la plus grande discrétion, la réforme d’une institution vieille de près de mille ans.

Las ! L’avant-projet de constitution – encore en discussion au niveau des plus hautes instances de l’Ordre – vient d’être éventé, créant la perplexité, l’inquiétude et le trouble parmi les chevaliers.

De quoi faire sortir le cardinal Tomasi de sa réserve coutumière : « je suis surpris que le président de l’association allemande de l’Ordre ait, de sa propre initiative, et sans avoir le droit de le faire, procédé à la publication d’un avant-projet qu’il n’aurait pas dû lui-même avoir en sa possession », déplore le haut prélat, dans un courrier daté du 14 janvier 2022.

Un aveu qui montre qu’entre le Saint-Siège et une partie de l’Ordre au moins, l’heure est loin d’être au réchauffement climatique.

Ce qui est certain, c’est que le projet de constitution diffusé auprès des chevaliers, contient un certain nombre de changements, potentiellement explosifs, touchant la structure et la gouvernance de l’Ordre.

La réforme orchestrée par les plus hautes autorités romaines tendrait à subordonner l’Ordre de Malte au Saint-Siège, accordant notamment au pape le pouvoir d’opposer son veto à l’élection du Grand Maître, ou d’intervenir à son gré dans le processus de modification des constitutions, une prérogative revenant de droit au Souverain Conseil : du jamais vu en un millénaire d’existence…

Autant d’évolutions qui pourraient avoir également un impact significatif sur le statut de l’Ordre au regard du droit international, mettant en cause sa capacité à maintenir des relations diplomatiques actives avec d’autres Etats – une centaine à l’heure actuelle – ainsi que sa qualité d’observateur permanent auprès des Nations Unies.

Côté romain, l’urgence est de déminer le terrain afin d’éviter que la fronde des chevaliers ne fasse tache d’huile : « le texte publié n’est qu’un brouillon ayant vocation d’intégrer les modifications émanant de membres qualifiés », se défend le cardinal Tomasi, exigeant des différents responsables de « s’abstenir de toute évaluation d’un texte encore en attente d’une formulation finale ».

Et le délégué spécial du Saint-Siège d’assurer les chevaliers avoir bien eu l’intention de les informer pleinement des changements proposés, mais uniquement après une « consultation restreinte » des plus hautes instances de l’Ordre, comprenant notamment l’actuel lieutenant de Grand Maître, Fra Marco Luzzago, et le grand chancelier Albrecht von Boeselager.

Autant de précautions de langage qui auront du mal à convaincre. D’autant plus que cette fuite tombe au plus mauvais moment pour les partisans de la réforme : le cardinal Tomasi devait en effet proposer au Grand Conseil des chevaliers, le 25 janvier prochain, le projet de constitution modifiée.

Après quoi, un chapitre général était censé être convoqué afin d’entériner officiellement le projet.

Mais étant données les récentes indiscrétions pointées du doigt par le cardinal Tomasi – dont il est difficile d’évaluer à quel niveau exact elles se situent, dans les couloirs des palais apostoliques ou au sein du Palais Magistral – la question du respect du calendrier de la réforme demeure entière.