Ordre de Malte : la fonction de Grand Maître dans le viseur de la réforme

30 Avril, 2022
Provenance: fsspx.news
Bienheureux Gérard de Scala, premier Grand Maître de l’Ordre

Alors que les chevaliers de l’Ordre souverain militaire de Malte attendent que le souverain pontife mette un point final à leur réforme, le texte du projet de nouvelle Constitution, limitant de façon drastique les pouvoirs du Grand Maître, alimente déjà la controverse.

C’est la presse religieuse d’outre-Atlantique qui a été la première à relayer les grandes lignes du projet de réforme de l’Ordre millénaire : que la fuite soit orchestrée ou non, le brouillon de la nouvelle Constitution ne sera pas de nature à pacifier les chevaliers.

Ainsi, le projet doit réaliser des changements radicaux dans la fonction de Grand Maître, qui est actuellement élu à vie et exerce, selon les termes de la constitution actuelle, une « autorité suprême » sur tous les aspects de l’Ordre. Un poste d’ailleurs vacant depuis la mort de Fra’ Giacomo Della Torre, en 2020.

Plus précisément, selon les propositions rédigées par la direction de l’Ordre – apparement sans consultation des chevaliers profès – le Grand Maître serait désormais élu pour un mandat de dix ans, renouvelable une seule fois, et se verrait mis automatiquement à la retraite à partir de ses 85 ans.

Mais ce n’est pas tout. Jusqu’ici, le Grand Maître avait pouvoir de rejeter les décisions du souverain conseil de l’Ordre ; si le pape promulgue le texte en chantier, le souverain conseil aurait la faculté de passer outre au veto du Grand Maître, par un vote à la majorité des deux tiers.

De plus, le projet de Constitution exige également la contresignature du Grand Chancelier pour tous les actes du Grand Maître afin qu’ils ne deviennent juridiquement exécutoires.

Les chevaliers les plus critiques dénoncent une stratégie visant à isoler davantage la fonction de Grand Maître de la gouvernance quotidienne de l’Ordre, de son action caritative internationale et de ses prérogatives diplomatiques : l’Ordre de Malte est en effet sujet de droit international, à ce titre, il peut délivrer ses propres passeports et entretenir des relations diplomatiques complètes avec des dizaines d’Etats dans le monde.

Toujours selon les opposants à cette réforme, à long terme, la nouvelle Constitution établirait une cloison entre le volet religieux de l’Ordre incarné par les chevaliers profès et le Grand Maître à leur tête, et l’action sociale, confiée aux mains du Grand Chancelier qui jouerait en quelque sorte le rôle de premier ministre d’une monarchie à l’anglaise.

Mais les critiques du plan soutiennent que les changements apportés à la fonction de Grand Maître font partie d’un effort plus large visant à « séculariser » l’Ordre de Malte et à loger les chevaliers profès loin de sa gouvernance quotidienne.

Pour d’autres membres de l’Ordre, les propositions actuelles « offrent un moyen d’aller dans le sens d’une meilleure gouvernance ; elles sont de plus tout à fait conformes aux traditions de l’Ordre : cette idée d’un Grand Maître tout puissant est une erreur historique, car l’histoire de notre gouvernance a toujours été collégiale », confie un chevalier profès.

La balle est désormais dans le camp du pape François à qui il appartient de trancher en approuvant ou modifiant un projet qui semble encore loin de créer les conditions de l’apaisement parmi les chevaliers.