Pakistan : acquittement de deux chrétiens condamnés à mort pour blasphème

08 Juin, 2021
Provenance: fsspx.news
Haute Cour de Lahore

Un couple de catholiques, Shafqat Emmanuel et son épouse Shagufta Kausar, injustement condamnés à mort pour blasphème présumé en avril 2014, a passé huit années dans le couloir de la mort. Ils ont été reconnus innocents par une décision de la Haute Cour de Lahore le 3 juin 2021.

Le couple avait été inculpé en vertu de la section 295, alinéa C, du code pénal pakistanais pour avoir diffusé des remarques offensantes à l’encontre du prophète Mahomet dans des SMS envoyés aux plaignants Malik Muhammad Hussain et Anwar Mansoor Goraya.

Le couple a été condamné à mort (et à une amende de 100 000 roupies chacun) en avril 2014 par le juge Tek Singh du tribunal de district de Toba. Niant toutes les accusations, il a fait appel auprès de la Haute Cour de Lahore et a obtenu un acquittement complet.

Deux juges de la Haute Cour de Lahore ont annulé la condamnation à mort et ordonné la libération des deux condamnés, qui se trouvaient dans des prisons séparées.

Leur avocat a déclaré : « Justice est faite, mais qui rendra 8 ans de vie à un couple innocent ? Qui va payer pour les fausses accusations ? Il est nécessaire de revoir le mécanisme faussé qui conduit à de telles conséquences et génère tant de souffrances dont personne ne sera identifié comme responsable. »

« Nous remercions Dieu pour cette bonne nouvelle. La tâche de les garder en sécurité est désormais une priorité absolue. (…) Nous espérons et prions pour qu’ils trouvent un endroit sûr où vivre », a déclaré le père Bonnie Mendes, prêtre de Faisalabad, dans un message envoyé à l’Agence Fides.

Une affaire montée de toute pièce

Le calvaire du couple a commencé par une querelle entre leurs enfants et ceux de leurs voisins. Après la dispute, le plaignant, Malik Muhammad Hussain, avec l’aide d’un de ses amis, a réussi à voler une copie de la carte d’identité de Shagufta afin d’obtenir une carte SIM à son nom.

Dans sa déclaration, Shagufta a affirmé qu’il n’avait jamais vu ni utilisé la carte et que Malik Hussain avait lui-même rédigé et envoyé des SMS blasphématoires en son nom. Au cours de l’enquête, il a été constaté que les SMS envoyés étaient écrits en anglais, alors que les deux accusés sont analphabètes, ne connaissent pas l’anglais et ne parlent que l’urdu.

Les policiers n’ont pas non plus pu récupérer le téléphone portable et la carte SIM utilisés pour envoyer les SMS.

Kashif Aslam, directeur adjoint de la Commission nationale Justice et Paix (CCJP) des Évêques du Pakistan, a déclaré à Fides : « Ce verdict est une défaite pour tous ceux qui abusent des lois sur le blasphème, pour les milieux fanatiques et pour les dirigeants politiques qui nient l’existence de cas de blasphème fondés sur de fausses accusations, des abus ou appelés à des fins inappropriées. »

« Au Pakistan, ajoute-t-il, les gens abusent de la loi sur le blasphème pour des querelles ou des rivalités personnelles ; beaucoup de ceux qui sont accusés de blasphème sont condamnés à mort, il y a même des exécutions extrajudiciaires. »

Les exemples abondent. Le mois dernier, un chrétien de 32 ans, Arif Masih, a été tué par un groupe de musulmans après avoir défendu sa sœur contre les avances de deux jeunes musulmans. Quelques jours plus tard, une chrétienne de 13 ans a été violée après que trois jeunes musulmans de son quartier ont fait irruption chez elle pendant que ses parents étaient au travail.