Pakistan : face au recensement numérique, les chrétiens sont méfiants

28 Janvier, 2022
Provenance: fsspx.news
Mgr Samson Shukardin

Le gouvernement pakistanais vient de demander aux paroisses catholiques de partager les données contenues dans leurs registres, afin de mener à bien le premier recensement numérique dans l’histoire du pays. Une exigence qui laisse plus d’un chrétien sceptique, et qui est loin de faire l’unanimité au sein de l’Eglise.

Le gouvernement fédéral du Pakistan met depuis plusieurs années les bouchées doubles afin de convaincre les paroisses catholiques de consigner leurs statistiques dans la base de données du premier recensement numérique dans l’histoire du pays.

Rien que dans l’Etat du Pendjab (Est du Pakistan) plus d’une centaine de médiateurs ont été envoyés dans treize des trente-six districts – là où la minorité chrétienne est plus représentée – afin d’épauler les représentants du gouvernement chargés de recenser la population.

Le père Francis Gulzar, vicaire général de l’archidiocèse de Lahore – la plus importante structure ecclésiastique dans le pays – encourage les fidèles à collaborer étroitement avec les recenseurs : « nous souhaitons apporter notre aide aux officiers chargés du recensement, car ils éprouvent des difficultés à orthographier les noms chrétiens ; les catéchistes ont écrit les noms sur des listes, ils doivent maintenant les remettre aux recenseurs », explique le prêtre à l'agence Ucanews.

Et de rajouter : « nous exhortons tous les catholiques à participer à ce recensement qui vous permettra de bénéficier de vos droits politiques, et d’autres avantages, notamment les quotas ».

C’est en effet l’un des arguments agités par le gouvernement pakistanais, et relayés par une partie de l’épiscopat local, afin d’inciter les chrétiens à se faire recenser : en fonction des résultats, l’Etat s’engage à mettre en œuvre des programmes spécifiques de développement en direction des minorités religieuses.

Avec 207,68 millions d’habitants, dont 97% de musulmans, le Pakistan est le deuxième pays musulman le plus peuplé, et on n’y compte que 1,27% de chrétiens, selon le dernier recensement de 2017.

Mais pour certains catholiques, l’heure est à la méfiance : les chiffres du recensement seraient travestis en haut lieu, afin de minimiser au contraire l’influence de la minorité chrétienne, sans parler de la numérisation des registres paroissiaux qui fournira au gouvernement une masse d’informations privées, dont on ne sait pas comment il pourrait se servir dans l’avenir.

« Les résultats du recensement ne sont pas exacts, et les vrais chiffres sont cachés », tonne pour sa part Mgr Samson Shukardin. L’évêque d’Hyderabad est foncièrement opposé à l’opération pourtant encouragée par une partie du clergé.

« Il n’est pas juste que le gouvernement exige de nous le partage de toutes ces informations : il doit nous mettre en confiance en sécurisant les données au moyen d’un protocole dédié. Tout cela laisse beaucoup de questions sans réponses », prévient le prélat.

Des propos qu’Albert David, chrétien membre de la Commission nationale pour les minorité, a taxés d’« irresponsables », le 8 janvier 2022.

Mais nombreux sont ceux, dans l’Eglise, qui s’inquiètent de ce nouveau recensement, alors que l’attitude agressive des musulmans envers les minorités religieuses, notamment chrétienne, ne cesse de gagner du terrain dans tout le pays.