Pakistan : l’exécutif dissout un parti islamiste devenu gênant

28 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news
Saad Hussain Rizvi et des membres du Tehrik-e-Labbaik Pakistan en janvier 2021

La principale organisation islamique pakistanaise qui appelait à punir de mort les coupables de « blasphèmes contre l’islam » – notamment la chrétienne Asia Bibi – a été dissoute par le gouvernement d’Imran Khan. Une mesure qui intervient après plusieurs jours de manifestations violentes dans les principales villes du pays.

L’exécutif pakistanais est-il en train de réaliser une adaptation de la Nuit des Longs Couteaux ? La dissolution de la principale organisation islamiste radicale du pays, le 15 avril 2021, le laisse à penser.

Tehrik-e-Labbaik Pakistan (TLP) est un parti extrémiste créé en  2015 par Khadim Hussain Rizvi – religieux sunnite, mort en novembre 2020 et remplacé par son fils Saad – dont la seule revendication porte sur la lutte contre le blasphème et ceux qui s’en rendraient coupables, les chrétiens notamment.

Le parti de Rizvi a commencé à émerger dans la vie politique pakistanaise lors des élections fédérales de 2018, en faisant campagne sur un sujet unique : défendre la loi controversée sur le blasphème, au moment où Asia Bibi, mère de famille catholique, venait d’être acquittée par la Cour suprême.

Un nouvel os à ronger a été donné au TLP au mois d’octobre 2020, lorsque le chef d’Etat français, Emmanuel Macron, s’est prononcé en faveur du droit à la caricature, au lendemain de l’assassinat dans l’Hexagone, d’un enseignant qui avait montré à ses élèves des dessins satiriques représentant le prophète de l’islam.

Du pain bénit pour Saad Hussain Rizvi, qui mobilise alors ses militants sur les réseaux sociaux avec un mot dièse devenu viral sur la toile islamique : #FrenchLeavePakistan, « Français, quittez le Pakistan ».

En bon communiquant, Rizvi encourage le partage de récits de conversions – réelles ou forcées ? – à l’islam : « bonne nouvelle de notre manifestation à Gujar Khan [ville près d’Islamabad]. Un garçon chrétien a embrassé l’islam. Maintenant, il s’appelle Khadim Hussain. Ecrivez Mashal, Allah [Dieu l’a voulu]. Félicitations à tous », se réjouit, sur WhatsApp, un activiste du parti.

Début avril 2021, TLP se paie même le luxe de bloquer partiellement les deux plus grandes villes du pays, Lahore et Karachi, ainsi que la capitale, Islamabad, afin d’obtenir l’expulsion de l’ambassadeur de France : des manifestations réprimées brutalement par les forces de l’ordre.

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : le 12 avril dernier, Rizvi est arrêté, et trois jours plus tard, son organisation est dissoute par le ministre de l’Intérieur de la république islamique, Sheikh Rashid Ahmed.

Professeur à la faculté des sciences sociales de Lahore, Mohammad Waseem analyse ce revirement de l’exécutif, qui avait pourtant apporté son soutien à Rizvi en 2017 : « Le TLP était passé maître dans l’art de provoquer des agitations sur la voie publique, en prétendant défendre l’honneur du prophète Mahomet. Mais les manifestations de ces derniers jours n’étaient pas bonnes pour l’image du Pakistan sur la scène internationale. »

Le Pakistan cherche en effet à redorer son blason en apaisant les tensions avec l’Inde et l’Afghanistan voisins.

Par précaution, le 15 avril dernier, le quai d’Orsay enjoignait aux ressortissants français de « quitter provisoirement le Pakistan pour des raisons de sécurité » : la dissolution du TLP inaugure une période de tensions dont les chrétiens pourraient faire les frais.