Philippines : des évêques crient haro sur le bandit manchot

21 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news

La perle des mers d’Orient est le théâtre d’un nouveau bras de fer entre une partie de l’épiscopat et le chef de l’Etat, Rodrigo Duterte. La polémique enfle sur Boracay, petite île paradisiaque située à trois cents kilomètres au sud de Manille. En cause, l’installation de casinos pour renflouer les caisses de l’archipel.

La mer est d’un bleu turquoise à perte de vue. Un sable blanc et fin. Un décor de rêve dont profitent trente-trois mille résidents… Qui doivent néanmoins partager la vue avec près de deux millions de touristes chaque année.

Autant dire que les Philippins en villégiature sur Boracay représentent pour l’Etat une véritable manne financière qu’il ne faut pas laisser s’envoler.

Aussi, en août 2021, le gouvernement présidé par Rodrigo Duterte a décidé de lever le moratoire, jusque-là en vigueur, concernant l’installation de casinos sur les îles de vacances : la pandémie de Covid-19 est passée par là, et les caisses de l’Etat sont vides…

C’était sans compter la réplique de plusieurs évêques de la région de Boracay, bien décidés à ne pas laisser corrompre les mœurs de leur troupeau, dans un pays où le catholicisme est professé par plus de quatre-vingts pour cent de la population totale.

Le 4 octobre dernier, les ordinaires de Jaro, de San Jose de Antique et de Bacolod ont co-signé une tribune afin de dissuader les autorités de réaliser leur projet.

Pour eux, il ne fait aucun doute que les casinos – à Boracay comme ailleurs – menacent les valeurs familiales et le mode de vie simple des catholiques de la région : « est-il besoin de savoir combien de personnes et de familles ont été détruites à cause du jeu ?  Tout cela ouvrira la voie à des modes de vie et à des habitudes destructrices », préviennent-ils.

Les signataires alertent aussi sur les conséquences inhérentes au jeu : « les statistiques montrent que les familles dans lesquelles au moins un parent joue de manière compulsive sont plus susceptibles d’être victimes de violences familiales, y compris la violence envers les enfants.

« Plus de 80 % des joueurs à problèmes contractent des addictions à l’alcool ou à la drogues, et la moitié des joueurs compulsifs commettent des crimes. »

Les prélats philippins ont également exhorté les catholiques à ne pas être aveuglés par les recettes fiscales que le gouvernement entend créer par le biais des casinos, mais à garder à l’esprit l’importance des valeurs et de la vie de famille : « les risques de préjudices l’emportent de loin sur les avantages attendus », affirment-ils.

S’ils ne sont pas « contre le progrès social », les évêques appellent de leur vœux « un développement à la fois durable et intégral, authentiquement juste et pour le bien commun », affirment-ils en conclusion de leur lettre ouverte.

Une tribune publiée au moment où le coup d’envoi de la saison électorale a été donné le 1er octobre dernier aux Philippines, avec plusieurs milliers de candidats briguant des charges allant de président à conseiller municipal.

Le président philippin Rodrigo Duterte, qui n’a pas ménagé ses critiques contre l’épiscopat philippin depuis le début de sa présidence, a annoncé dans la foulée son retrait prochain de la vie politique, laissant la voie libre à sa fille pour lui succéder éventuellement à la tête du pays. Il ne pouvait de toute façon pas être réélu, puisque la constitution du pays interdit d’effectuer plus d’un mandat.