Philippines : un projet de loi sur le divorce se faufile au Congrès

20 Août, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality
“Protégez et défendez la sainteté de la vie et du mariage” dit cette banderole contre le projet de loi

Un projet de loi visant à légaliser le divorce vient de recevoir le feu vert pour être examiné par le Parlement philippin. Hormis le Saint-Siège, l’archipel est le dernier pays où le divorce est encore interdit par la loi.

Le 17 août 2021, la Commission sur la famille a décidé de mettre le projet de loi sur le divorce à l’agenda de la Chambre des représentants, chambre basse du Congrès philippin.

Pour Edcel Langman, député progressiste et tête de file de l’opposition au Congrès, le texte visant à légaliser le divorce ne consiste qu’à rétablir une pratique qui existait déjà dans la période pré-espagnole – et donc pré-catholique – que les Japonais avaient imposée entre 1942 et 1945.

« Aujourd'hui, c’est l’occasion historique pour d'innombrables épouses, battues et abandonnées de retrouver leur humanité, leur dignité et leur liberté » a déclaré le député, qui se bat également pour l’accès des femmes à la contraception et l’avortement dès le plus jeune âge.

Le projet prévoit le divorce dans six cas :

– séparation de corps depuis au moins cinq ans à partir du dépôt de la demande de divorce ;
– changement de sexe ;
– divergences familiales inconciliables ;
– violence domestique ;
– divorce effectué à l’étranger ;
– constat de nullité de mariage opéré par un tribunal religieux reconnu.

Représentant de la liste des partis de la bataille citoyenne contre la corruption (CIBAC) et vice-président de la Chambre, le conservateur Eddie Villanueva, a pour sa part exprimé sa consternation face à un projet qui, s’il était voté, serait « catastrophique pour les familles ».

Deux visions opposées du monde

Edcel Langman a utilisé la force du nombre pour justifier le projet de loi : « Il est difficile de croire que tous les autres pays se sont collectivement trompés en instituant le divorce absolu à des degrés divers de libéralité et de limitations. Une erreur collective dépasse l’entendement. Une unanimité erronée sur une institution familiale aussi cruciale défie la raison et l’expérience », a-t-il déclaré.

La raison n’est pas sans intérêt : une opinion universelle a un poids certain et peut difficilement être contredite. Mais il faut d’abord remarquer que « tous les pays » n’est pas égal à « tous les hommes », ce qui diminue notablement la force de l’argument.

De plus, dans l’ordre moral, il n’est pas impossible de détecter des erreurs très répandues à certaines époques : le droit de vie ou de mort du père sur son propre enfant était presque universel dans l’Antiquité. Et l’avortement lui fait écho aujourd’hui.

Enfin, puisque le divorce était très largement rejeté il y a quelques siècles, l’argument se retourne contre son auteur.

Pour M. Villanueva en revanche : « toute loi qui minimise l’inviolabilité et le statut de la famille comme institution sociale est intrinsèquement inconstitutionnelle et contraire à la valeur philippine profondément ancrée de préservation et de lutte pour le mariage », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que, bien qu’il comprenne que certains mariages soient en déroute, il reste convaincu que le divorce ne sera jamais une solution. « Les recours juridiques disponibles tels que la séparation légale, l’annulation pou la déclaration de nullité du mariage sont suffisants pour y remédier ».

« L’action politique la plus urgente à l’heure actuelle n’est pas le projet de loi sur le divorce, mais le gouvernement doit simplement rendre les recours existants plus accessibles, en particulier aux pauvres, en rendant le processus moins coûteux et la résolution des cas plus rapide », a-t-il ajouté.

Désormais le projet de légalisation du divorce est entre les mains de la Chambre des représentants, qui devra l’examiner dans les prochains mois.

Bien que l’influence du catholicisme reste considérable aux Philippines, la sécularisation gagne du terrain, et de plus, la coalition au pouvoir est loin de porter l’Eglise dans son cœur : il n’est donc pas certain que l’archipel demeure encore longtemps le dernier Etat - avec le Vatican – à prohiber le divorce.