Poutine l’incorrect

20 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news

Foi en Dieu, interdiction des unions entre personnes de même sexe, possibilité pour Vladimir Poutine de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036 : le président de la Fédération de Russie vient de promulguer la réforme de la Constitution, votée par référendum en juillet 2020.

Les valeurs progressistes d’un Occident largement sécularisé n’auront pas droit de cité sur les bords de la Moskova : ainsi en a décidé le maître du Kremlin, le 12 avril 2021.

Ce jour-là, Vladimir Poutine signe avec solennité la réforme de la Constitution de la Fédération de Russie, approuvée par référendum à 78% des suffrages exprimés, le 1er juillet dernier.

La momie de Lénine a dû faire un tour complet dans son mausolée : la « foi en Dieu » n’est plus « l’opium du peuple », mais est désormais promue au rang de « valeur fondamentale » de la Fédération de Russie, un socle sur lequel le droit est censé se fonder.

Mais il y a plus : dorénavant, il est devenu impossible à deux personnes de même sexe de se marier légalement, car la nouvelle mouture de la Constitution définit le mariage comme étant le fruit de « l’union exclusive entre un homme et une femme ».

Pour mémoire, c’est à la chute du tsar Nicolas II, en 1917, que l’homosexualité a été dépénalisée pour la première fois en Russie… Avant d’être à nouveau considérée comme un crime sous Joseph Staline. Il faut attendre la chute de l’Union soviétique pour qu’elle soit à nouveau tolérée, en 1993.

Au fil des années, les campagnes financées par des lobbies progressistes se sont multipliées, afin de faire rentrer dans les mœurs le « mariage pour tous », à l’image de ce qui s’est passé dans d’autres pays européens.

Mais la signature apposée le 12 avril dernier par Vladimir Poutine, a pour effet de faire taire les chantres de la permissivité, car en plus des unions entre personnes de même sexe, l’adoption d’enfants par des homosexuels est, elle aussi, devenue un délit.

Autre modification à saveur plus politique : la Constitution octroie à Vladimir Poutine la faculté de se présenter à deux mandats supplémentaires à la présidence. En d’autres termes, l’actuel chef de l’Etat pourrait rester à la tête de la Fédération jusqu’en 2036.

La loi promulguée contient également de nouvelles exigences pour les candidats à la présidentielle : ils doivent désormais être âgés d’au moins 35  ans, résider de façon permanente en Russie depuis au moins vingt-cinq ans, et n’avoir jamais eu une citoyenneté étrangère ni un permis de séjour permanent d’un autre Etat que la Russie. Des conditions qui ne sont pas innocentes. Une manière de s’assurer qu’un futur président n’aura pas été « contaminé » par les idées de l’Occident ?

La révision constitutionnelle garantit encore une immunité à vie aux présidents russes, même une fois qu’ils ont quitté leurs fonctions.

Enfin, pour faire bonne mesure, la loi fondamentale russe est désormais placée au-dessus des normes internationales, donc en principe imperméable aux remarques du Conseil de l’Europe et des Nations unies.

N’allons pas imaginer pour autant que le Kremlin soit dispensé d’éprouver des turbulences : l’opposition libérale incarnée par Alexis Navalny – et soutenue depuis l’étranger – demeure une écharde dans le pied de Vladimir Poutine. Sans parler de la tension croissante avec les Etats-Unis, sur la question ukrainienne notamment.

La partie d’échecs est loin d’être terminée, mais n’est-ce pas là un sport dans lequel les Russes excellent ?