Prendre soin des corps des défunts

16 Novembre, 2021
Provenance: fsspx.news

En ce mois de novembre, nous nous réunissons dans la prière, en nous souvenant de manière plus particulière de nos morts. L’Eglise intercède pour les saintes âmes du Purgatoire avec les messes et les suffrages du 2 novembre, ainsi que les indulgences de l’octave des Morts.

Certes, comme nous le dit saint Augustin dans son De cura pro mortuis gerenda, dont on peut lire un extrait aux matines du jour des morts, ces supplications pour les âmes sont la partie essentielle de notre sollicitude envers les défunts : si elles n’étaient pas présentes, dit le saint Docteur, il serait inutile d’honorer les corps des défunts et leur sépulture ; et si parfois ces pieuses pratiques sont impossibles à cause de circonstances extrêmes, il ne faut jamais omettre les prières et les suffrages.

Les arguments de saint Augustin

Cela dit, saint Augustin recommande avec insistance le soin des corps des défunts eux-mêmes, dans le sillage de la Tradition divine et apostolique, qui trouve sa source la plus autorisée dans les paroles du Christ à Marie-Madeleine lors de l’onction à Béthanie.

Lorsque Marie choque l’assistance en versant le précieux parfum sur les pieds du Seigneur, celui-ci dit : « Laissez-la tranquille. […] En versant cette huile sur mon corps, elle l’a fait en vue de ma sépulture » (Mt 26).

Nous savons alors comment cet office de sépulture honorable a été accompli à l’égard de Notre-Seigneur. Pour saint Augustin, le corps de nos défunts ne doit pas être méprisé mais chéri, comme on le fait avec les objets qui leur appartenaient, et même plus encore, puisque le corps est une partie constitutive de la nature même de l’homme.

La sépulture, poursuit saint Augustin, si elle ne sert pas au salut des morts, comme le pensaient certains païens, est cependant un devoir d’humanité, car personne n’a de haine pour sa propre chair (cf. Ep 5) : une fois disparu celui qui prenait soin de son propre corps, le devoir passe à ceux qui restent, comme un plus grand témoignage de foi en ceux qui croient en la résurrection des corps.

Un précepte divin et apostolique, une profession de foi

Le précepte du soin et de l’inhumation des corps n’est pas un simple précepte ecclésiastique d’origine humaine : par sa constance depuis le début de la religion, par son universalité et son exclusivité parmi les chrétiens, par son fondement dans les Ecritures, par la rigueur avec laquelle la législation de l’Eglise l’a toujours imposé, il est comparable au choix du dimanche comme jour férié.

La force de ce précepte réside donc dans l’autorité divine et apostolique, et il semble vraiment improbable que l’Eglise puisse avoir le pouvoir de changer un précepte divin aussi positif, tout comme (selon presque tous les théologiens) l’Eglise ne pourrait pas déplacer le précepte festif du dimanche au samedi ou au lundi.

Si la nécessité peut dispenser de l’accomplissement d’un tel précepte dans certains cas, comme pour la messe dominicale, il ne cesse pas d’exister pour autant.

De plus, l’enterrement est une profession de foi dans l’article de la résurrection des corps. Certes, les corps ressusciteront même s’ils sont brûlés ou détruits : mais par quel geste puis-je manifester extérieurement que je crois en cette vérité, sinon par la sépulture ?

C’est comme la Présence réelle : certes, le Christ est présent dans l’hostie même si je ne lui rends aucun honneur extérieur, mais comment puis-je exprimer ma foi en cette vérité si j’exclus toute révérence extérieure, ou pire encore, si je fais des gestes contraires à cette foi – comme la communion dans la main ?

C’est pourquoi l’autorisation donnée en 1963 par Paul VI de recourir ordinairement à la crémation est impensable et impie pour toute âme catholique. Il semble incroyable qu’il s’agisse de l’un des premiers actes du pape Montini, répondant à la vieille campagne maçonnique en faveur de la crémation.

Ce que l’ancien droit canonique interdisait à propos de la crémation, sur la base de la tradition apostolique, n’était que l’expression du droit divin et naturel, et non une loi disciplinaire en évolution.

Préceptes relatifs au respect du corps des défunts

Pour cette raison, il ne semble pas possible, même aujourd’hui, d’emboîter le pas à ces dispositions, que nous souhaitons rappeler brièvement.

La crémation, en temps ordinaires, est totalement exclue pour les chrétiens. Bien sûr, en temps de grande épidémie, cela peut être envisageable ; on autorisera aussi, dans un autre ordre d’idées, le don de son corps à la science, lorsqu’il s’agit de recherches légitimes pour lesquels des tissus humains sont nécessaires.

Mais ordinairement, lorsqu’une personne catholique, de bonne ou de mauvaise foi, demande de son vivant à ne pas être enterrée pour être incinérée, ses héritiers ne doivent pas respecter ce souhait, comme étant quelque chose d’impie et d’injuste. Et s’il n’a jamais rétracté ce souhait, et que la mauvaise foi peut être démontrée, le défunt n’a pas droit à une sépulture chrétienne : il doit donc être enterré sans rite, en terre non consacrée.

Il ne fait aucun doute que toute personne responsable d’une personne décédée, qui tolère une incinération lorsqu’elle peut l’empêcher, si elle a conscience de l’opposition que cela crée vis-à-vis des lois traditionnelles de l’Eglise, commet une faute qui peut être grave, même si le défunt lui-même avait exprimé ce mauvais souhait. Bien sûr, si en vertu de lois scélérates, elle n’a aucun moyen d’empêcher l’exécution d’une telle volonté, elle n’est alors coupable de rien.

Quant à ceux qui n’ont jamais demandé à être incinérés, mais qui le seront par la volonté – impie – de parents ou de l’Etat, comme cela s’est produit en Italie lors du premier confinement, ils peuvent recevoir les rites de l’Eglise, mais à condition qu’il n’y ait pas de mauvais exemple, et que le prêtre clarifie bien la situation, en excluant la cérémonie d’accompagnement sur le lieu de la crémation.

Brûler un corps est un signe de la punition maximale possible qu’un délinquant impénitent peut mériter, certainement pas une façon légitime d’honorer le défunt, même selon le droit naturel.

L’Eglise prend également soin de souligner que les non-catholiques, ou ceux qui n’ont pas droit à une sépulture ecclésiastique, doivent avoir un endroit où être enterrés, même en dehors de la terre bénie du cimetière. Cela indique que la crémation n’est pas possible pour eux non plus.

C’est pourquoi, l’enterrement sans rite chrétien, et dans un sol non consacré, de fœtus avortés, s’ils ne sont pas baptisés, est louable, comme cela se produit dans certains endroits, pour honorer ce qui est un reste humain.

Rien ne paraît donc plus opportun que de rappeler comment l’Eglise recommande d’honorer les corps des défunts, à une époque où les corps des morts sont éliminés par crémation, voire déshonorés dans des expériences inutiles pour lesquelles des cellules ou des tissus animaux suffiraient.

Jamais auparavant le corps humain ne fut autant considéré comme un agrégat d’éléments à réutiliser ou à détruire, dans un but purement utilitaire ou pseudo écologique. Dans ce climat gnostique, toute utilisation déraisonnable de restes humains à des fins « scientifiques » ou « industrielles » doit être combattue par les chrétiens, surtout lorsqu’il existe des alternatives possibles.