Procès au Vatican : le point sur les séances récentes (2)

09 Novembre, 2022
Provenance: fsspx.news

Différents témoins ont été entendus lors des dernières audiences du procès où comparaissent de nombreux accusés, dont le cardinal Angelo Becciu, pour divers faits, mais spécialement dans tout ce qui entoure l’affaire dite de « l’immeuble londonien » de Sloane Avenue.

La 31e séance a vu défiler cinq témoins à la barre : 3 gendarmes, un consultant en police judiciaire et un évêque, ce dernier pour deux minutes.

Les enquêtes des gendarmes

La session s’est concentrée sur les procédures utilisées par la gendarmerie du Vatican pour l’enquête : contrôles bancaires, données analysées sur les appareils saisis (téléphones portables, iPads, ordinateurs), applications de messagerie cryptées, images capturées par les caméras de sécurité.

Luca De Leo, technicien informatique au Centre de sécurité de la gendarmerie, a expliqué son activité : « Tout ce qui concerne les données, toujours à la demande du promoteur. » Ainsi, l’écoute, les interrogatoires, les extractions à partir de PC, de smartphones et de comptes de messagerie, les perquisitions.

Au total, les dispositifs acquis, analysés et versés dans les dossiers étaient au nombre de 243. Ce qui a ravivé une vieille controverse du début du procès : les avocats de la défense se sont plaints de n’avoir reçu que des éléments « partiels ». Controverse tranchée par l’ordonnance du 1er mars 2022.

De Leo a expliqué en détail et techniquement comment il a mené ses investigations : des extractions et téléchargements aux recherches par mots-clés et horodatages. Dans certains cas, les gendarmes sont même tombés sur des données effacées.

Le document des 3%

Une lettre datée du 17 avril 2019 dans laquelle le secrétaire d’Etat garantit au courtier Torzi 3 % de la valeur de la propriété londonienne a été projetée sur le mur. Ce document des 3 % n’existait cependant que virtuellement : il n’y a « jamais eu de copie physique. Ou en tout cas, il n’a jamais été trouvé lors des différentes recherches. »

Les dépôts de Cecilia Marogna

Le gendarme Luca Bassetti, de la section de police judiciaire, a décrit l’enquête sur le cas de Cecilia Marogna : neuf transferts ont été effectués au profit de Logsic, la société dont Marogna était l’unique propriétaire, et de la société de renseignement britannique Inkermann – deux transferts de 500 000 euros chacun – qui était censée avoir géré la mission de libération de la religieuse au Mali.

La « contribution volontaire à l’opération humanitaire » était la raison de chaque transfert. Un message de 2018 – alors que le cardinal n’était plus à la Secrétairerie d’Etat, demandait à Perlasca 14 150 € immédiatement « pour commencer la fameuse opération ».

Rapport de l’AIF

Bassetti a fait part d’un rapport de l’AIF (aujourd’hui ASIF) faisant état d’une "transaction suspecte" lors d’un dépôt en espèces le 4 septembre 2018, peut-être remis par Marogna. De plus, de l’argent du compte de Logsic a été utilisé par Cecilia pour payer deux nuitées dans des hôtels quatre étoiles en Sardaigne.

Au moment de ces transactions, Becciu n’était plus susbstitut, et son successeur, Mgr Edgar Peña Parra, a affirmé n’en avoir pas eu connaissance. Ces paiements ont été effectués par le Credit Suisse, sur ordre de Tirabassi, par le biais d’un courriel auquel était joint l’ordre de paiement du substitut, le seul à avoir le pouvoir de signature.

Les comptes de Tirabassi

M. Luigi Cosi, auxiliaire de la police judiciaire, a été interrogé sur l’enquête concernant les comptes de Tirabassi : une douzaine ouverts chez UBS Suisse. Selon Cosi, le défendeur aurait 1,9 millions d’euros saisis en Suisse.

Financement à Ozieri

La séance s’est conclue par le témoignage du gendarme Gianluigi Antonucci sur le financement du Secrétariat d’Etat à la coopérative Spes à Ozieri. Le témoin a réitéré des arguments et des hypothèses déjà apparus lors des audiences précédentes. Il a expliqué que les bénéfices réalisés par Spes « ne sont pas allés à Caritas ».

Recommandations de Pignatone

Au début de la 32e audience, le président du Tribunal a invité l’accusation et la défense à formuler les questions de manière à ne pas répéter des faits présents dans les documents ou éloignés des accusations.

Le gendarme Gianluigi Antonucci, de nouveau à la barre, a expliqué les comptes concernés au Saint-Siège par les versements au diocèse d’Ozieri. Les virements « sont sortis d’un compte de la Secrétairerie d’Etat, tenu à l’Ior », au nom de la Section des affaires générales, comptes sur lesquels « passent des sommes très importantes destinées au Denier de Saint Pierre ».

Le financement du Spes

Parmi les nombreux transferts, il y a celui de 100 000 euros à Caritas à Ozieri, dont le Spes aurait bénéficié pour des projets de solidarité, demandé par Becciu le 13 juin 2013. Mais selon Antonucci : « En théorie, la somme n’a pas été dépensée. La somme n’est pas non plus restituée. »

Un long échange entre les diverses parties a tourné autour de cette somme. Les positions se durcissent : pour les enquêteurs, il y a disparition d’argent, alors que la défense du cardinal Becciu affirme que les sommes ont été utilisées à des fins caritatives.

Suite, fin novembre…