Procès Becciu : les « choix irrationnels » du Vatican pointés du doigt

11 Juin, 2022
Provenance: fsspx.news
L’immeuble de la Sloane Avenue, au cœur du procès

Le courtier au cœur du dispositif financier douteux sur lequel se penche depuis plusieurs mois le Tribunal du Saint-Siège, affirme que le Vatican aurait réalisé un bénéfice substantiel s’il ne s’était retiré de façon prématurée de l’opération alors en cours.

Une décision « irrationnelle » du Vatican. Appelé à la barre en ce 6 juin 2022, Raffaele Mincione ne mâche pas ses mots envers son ancien client.

L’homme d’affaires, actuellement poursuivi pour détournement de fonds, abus de pouvoir, fraude et blanchiment d’argent sale, estime avoir été « diffamé » dans le cadre de la procédure judiciaire en cours, et pointe du doigt l’attitude « criminelle » des médias à son encontre.

Les relations entre le courtier et la Secrétairerie d’Etat remontent à 2014, lorsque le cardinal Angelo Becciu – alors substitut – avait investi quelque 200 millions d'euros dans le Fonds Athena Global Opportunities appartenant à Raffaele Mincione.

L’enquête a permis de démontrer que l'investissement du Saint-Siège avait pu être réalisé grâce à des crédits accordés par deux banques suisses, BSI et Crédit Suisse, qui détenaient elles-mêmes en dépôt d'autres fonds du Vatican.

Mincione a par la suite investi les fonds du micro-Etat à hauteur de 45% dans un luxueux immeuble de Londres, appartenant à l’une de ses sociétés.

Après le départ de Mgr Becciu en 2018, le Saint-Siège s'est séparé du sulfureux courtier, encourant de lourdes sanctions financières pour le retrait anticipé de ses investissements.

Jusqu’ici, Raffaele Mincione n’avait jamais été entendu par la justice vaticane, craignant peut-être le sort d’un de ses confrères coaccusé qui, à l’issue de son audition, avait fini par être retenu une dizaine de jours dans les prisons du Vatican…

En ce 6 juin, le témoignage du courtier au cœur de l’investissement londonien a pris les allures d’un cours de haute finance dispensé aux magistrats présents dans la salle polyvalente des Musées du Vatican.

Montants des commissions, des honoraires, risques afférents dans les montages financiers complexes, contrôles internes et externes : « il n’y a pas un seul centime qui n’ait été comptabilisé, pas une action qui n’ait été autorisée, pas un rapport d’expert négatif », insiste Raffaele Mincione, qui estime que si le Vatican n’était pas sorti du fonds d’investissement, « il n’y aurait pas eu de perte (…) mais de juteuses plus-values ».

S’il a commis une erreur selon lui, c’était de croire que le Saint-Siège était un investisseur « professionnel », alors qu’il agissait de façon « irrationnelle ».

Le tribunal ne semble pas vraiment avoir été convaincu par les explications du courtier, qui risque la prison s’il est reconnu coupable des chefs d’accusation qui lui sont reprochés.

Pour parer à toute éventualité, le Vatican a d’ailleurs réussi à persuader la Suisse de saisir 50 millions d’euros dans les actifs de Raffaele Mincione. Chat échaudé craint l’eau froide : un proverbe qui se vérifie, oltretevere