Que pense l’Eglise de la réincarnation ? (8)

23 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality

La réincarnation exerce une force de séduction réelle sur les mentalités occidentales. Après une présentation générale dans le premier article, le deuxième article à donné les jugements de l’Eglise. Le troisième et le quatrième volets ont présenté les points de conflit entre la métempsychose et le dogme catholique. Les articles suivants examinent la question sous le regard de la philosophie.

Il reste à affronter un argument que l’on dit décisif en faveur de la réincarnation, celui des faits. Contra factum non fit argumentum. Les raisonnements les plus savants ne tiennent pas devant les faits. Si la réincarnation est impossible, comment interpréter les témoignages abondants de ceux qui disent se souvenir de vies antérieures ? Sont-ils donc tous des charlatans ?

Essai d’explication

Cette solution paraissant difficile à soutenir, il faut procéder par élimination. Les premiers articles ont exclu absolument une intervention divine. Dieu ne peut pas, car il ne peut se contredire, vouloir la réincarnation, ni donc en donner l’illusion aux hommes. La saine philosophie a montré, quant à elle, que cette thèse est en opposition radicale aux lois de la nature. Une pensée saine et droite ne peut donc y adhérer.

Deux phénomènes restent donc, qui pourraient rendre compte des expériences avancées : une influence préternaturelle et une maladie psychique.

* Une intervention diabolique

Cela n’est pas à rejeter trop vite. Le démon a en effet un pouvoir sur notre imagination et nos sens. Il peut très bien simuler chez ses victimes le souvenir d’une vie antérieure, avec des détails les plus étonnants, et leur faire parler une langue jusqu’alors inconnue d’eux.

Comment s’étonner d’ailleurs que le diable exerce de nos jours une si ample influence alors que tant de personnes se consacrent à lui, font appel à des forces occultes, à des « esprits », aux fables de l’astrologie ? Elles ouvrent ainsi leurs âmes au démon.

De plus on se souvient du caractère religieux de la métempsychose. Celle-ci n’est pas d’abord un système philosophique. Elle prétend à une explication globale du monde, de l’homme, de sa destinée. Elle est une religion, d’autant plus redoutable qu’elle se présente sous les traits d’une discipline austère. Nous sommes donc autorisés à nous demander : à qui profite le crime ?

N’y a-t-il pas une main cachée, une force préternaturelle, derrière les nombreuses variantes de la réincarnation, leur propagande prodigieuse et même certains faits sur lesquels elles s’appuient ?

Deux voix autorisées semblent nous souffler la réponse : « Je dis que ce que les païens offrent en sacrifice, ils l’offrent à des démons, et non à Dieu. 1 » Et saint Irénée : « Non seulement les dieux des Gentils (les païens) ne sont pas des dieux, mais ils ne sont qu’idoles des démons. 2 »

* Troubles mentaux

Mais faut-il remonter si haut pour interpréter tous les cas de réminiscences ? Il semble que non, et il nous faut envisager une autre explication, non exclusive d’ailleurs de la première, celle des troubles mentaux.

Les maladies psychiques, dont beaucoup de nos contemporains sont les victimes, l’abus de l’alcool, l’usage des hallucinogènes, ne peuvent-ils rendre compte du phénomène que nous étudions ?

Pour ne rien affirmer gratuitement nous nous sommes adressé à un homme du métier, un psychiatre. Sa science des maladies mentales et son expérience viennent confirmer les résultats que nous avons obtenus par la philosophie. Voici le texte de sa réponse.

« Réfuter la métempsychose et toutes les théories tournant autour de la réincarnation est tout à fait louable. Ces idées se répandent très vite et on y adhère sans réfléchir par snobisme. En pathologie psychiatrique on rencontre des discours délirants à thème de vie antérieure, en deux circonstances. Le premier cas est celui des psychoses délirantes chroniques :

« – dans la psychose hallucinatoire chronique ;

« – dans les délires fantastiques (ou délires paraphréniques) ;

« – dans les délires schizophréniques.

« Il faut savoir que ce délire, ou les hallucinations, comme symptôme, sont un moyen de défense. Le patient ‘choisit’ à son insu, inconsciemment, de devenir délirant pour l’économie d’angoisse qu’elle lui procure face à son affrontement avec une réalité pénible et avec laquelle il ne peut plus établir de liens.

« De tout cela, il résulte une conviction inébranlable du délirant dans son délire, un attachement désespéré à ses symptômes. ‘Il faudrait être fou pour ne pas y croire’, disait Gaëtan de Clérambault. On a pu observer que certains délirants, dépouillés brutalement de leur délire par une cure neuroleptique, présentaient un état dépressif sévère et pouvaient se suicider.

« Le deuxième cas est l’utilisation toxicomaniaque d’hallucinogènes (LSD, champignons, Peyotl, etc.). On retrouve dans l’ivresse hallucinatoire bon nombre de symptômes classiques de la schizophrénie et ses éventuels épisodes délirants.

« Vous me demandez comment expliquer le fait que de nombreuses personnes se souviennent en toute bonne foi de vies antérieures ?

« Si ce sont des personnes ‘normales’ je n’y crois pas du tout. Ce sont des affabulateurs.

« Si ce sont des délirants ‘guéris’ ils peuvent avoir des souvenirs de leurs moments féconds.

« Personnellement je n’ai jamais rencontré de personne dite normale se souvenant de vie antérieure. »

Cette étude sur la réincarnation nous donne donc la joie de constater à nouveau l’accord parfait entre la révélation, la saine philosophie et les sciences humaines. Elle nous propose également le seul remède à cette épidémie : le retour à une foi profonde, à la philosophie réaliste d’Aristote et de saint Thomas ainsi qu’à une vie équilibrée.

P. Jean-Dominique OP

L’ensemble de l’étude est disponible sous l’onglet “Analyses”

  • 1. Saint Paul, 1 Co 10, 19.
  • 2. Saint Irénée, Adv. Haer., l. 4, n° 703.