Quelle idée les Italiens se font-ils du pape François ?

16 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality
Le pape François en visite à Gênes

Le 29 juin 2021, sur son site Settimo Cielo, le vaticaniste Sandro Magister, présentait deux livres récents qui permettent de se faire une idée de l’état des convictions religieuses des catholiques italiens.

« Gente di poca fede » [hommes de peu de foi] est le titre du premier livre qui rend compte d’une enquête sur la « religiosité » des Italiens, réalisée en 2017  [la précédente datait de 1995] ; il est rédigé par Franco Garelli de l’Université de Turin, aux éditions Il Mulino.

« L’incerta fede » [la foi incertaine] est le titre du second livre, rédigé par Roberto Cipriani de l’Université de Rome III, aux éditions Franco Angeli.

Le vaticaniste romain remarque : « Le premier livre s’attarde sur les chiffres d’un vaste sondage, le second sur des entretiens libres – c’est-à-dire non pilotés – d’un échantillon représentatif de la population tout entière.

Et c’est ce second livre qui décrit le mieux le “sentiment” religieux de la population entière, plus animé et diversifié que le “sentiment” religieux fourni par des réponses obligatoires et formelles à un questionnaire.

« Le chapitre sur Jorge Mario Bergoglio en est un bon exemple. A commencer par le titre, “François, un pape pour”, qui reprend textuellement la réponse d’une personne interrogée : “Le pape François, selon moi, c’est pour l’apéritif, c’est typiquement le copain avec lequel on prend un café au bar, celui qui est ami avec tout le monde…”

« Ces entretiens ont été recueillis en 2017, quatre ans après l’élection de Bergoglio comme pape, et témoignent d’un consensus plutôt large en sa faveur. Avec cependant plusieurs signaux qui révèlent de quel genre de consensus il s’agit, des signaux qu’analyse en détail le professeur Cipriani.

« Concernant François – écrit Roberto Cipriani – les sentiments positifs s’élèvent à 33,2%, les négatifs à 20,3% et les neutres à 46,6%. » Voici quelques indications que ce scientifique tire de ces entretiens :

  • les avis sur le pape François concernent des aspects presque toujours externes au monde ecclésial et ne concernent pas les réelles dynamiques internes à l’Eglise ;
  • les actions de François sont davantage évaluées sur la base d’un interventionnisme de nature socio-politique que spirituel ;
  • la communication intra-ecclésiale et extra-ecclésiale se révèle clairement problématique : d’un côté, des documents officiels du pape, y compris des encycliques, dont on ne se rappelle ni les titres ni encore moins le contenu ; de l’autre on se rappelle de certains événements même majeurs de manière approximative et parfois avec des malentendus et des méprises gigantesques ;
  • la série de déclarations et de gestes du pape concernant les migrants, les pauvres et ceux qui souffrent font mouche, en revanche ;
  • une conférence de presse à bord d’un avion parvient à obtenir un retentissement presque universel, et une simple petite phrase peut devenir de notoriété publique ;
  • ce qui est certain, c’est la grande influence des médias de masse quand il s’agit de donner un avis sur François ;
  • une bonne dose d’incertitude demeure à propos du pontificat du pape, tantôt taxé de conservatisme masqué, tantôt de réformisme excessif, avec des points de vue contrastés, parfois au sein d’un même entretien.

Sandro Magister rappelle que cette enquête a été menée en 2017, « l’année où la popularité de François avait atteint son paroxysme et avait amorcé – comme le confirme également le professeur Cipriani – une courbe descendante. Dans un sondage mené en parallèle par Demos en 2017, 77% des Italiens considéraient François comme “digne de confiance”. Deux années plus tard, en 2019, la confiance dans le pape était tombée à 66%.

« Mais le point central de l’enquête, c’est surtout la confrontation entre ces avis sur le pape François et l’effritement généralisé de la foi catholique en Italie. Qu’en Italie, comme dans tant d’autres pays, la foi catholique soit toujours plus “douteuse” et de moins en moins “certaine” est désormais une donnée irréfragable et pleinement corroborée par l’enquête. Et tous les indicateurs annoncent que ce déclin se poursuivra dans les années à venir.

« Or, dans les entretiens, les avis sur François n’effleurent même pas cette crise généralisée de la foi. On parle de lui en ignorant cette question. Et même dans le questionnaire [sur la “religiosité” des Italiens], la moitié des personnes interrogées ont répondu non à la question précise de savoir si le pape était en mesure de les rapprocher de la foi religieuse.

« Ce que les gens pensent de la vie après la mort constitue un autre indicateur impressionnant de l’affaiblissement de la foi catholique en Italie. Par rapport à l’enquête de 1995, le nombre de ceux qui croient en une autre vie a beaucoup diminué  : ils étaient 41% et ne sont plus que 28,6%, alors que le nombre de ceux qui nient toute vie future a doublé, passant de 10,4% à 19,5%. »

Et le vaticaniste romain de déplorer : « Face à cet effondrement de la foi en la résurrection, il est frappant qu’aucune des personnes interrogées, en évoquant le pape François, ne parle de lui comme de quelqu’un qui annonce la vie éternelle. »

Le pape François s’adressant au Parlement européen

Une autorité remise en cause même par les partisans du pape

Dans Libero du 16 juin 2021, le journaliste Antonio Socci signalait que le pape François perdait de son crédit même auprès de ses plus fidèles soutiens. Il cite ainsi un article d’Alberto Melloni, chef de file de l’ultra-progressiste Ecole de Bologne, qui dans La Repubblica du 14 juin dresse un véritable réquisitoire contre François.

Selon Antonio Socci, « ce n’est pas le premier “missile” qui s’abat sur le pape Bergoglio depuis la gauche cléricale. Mais son isolement croissant apparaît désormais clairement : il suffit de considérer les cas énumérés par Melloni (le cardinal Marx et les évêques allemands, les mouvements ecclésiaux, Enzo Bianchi, le cardinal Stella et le cardinal Becciu, le vicariat) pour se rendre compte qu’il s’agit de personnalités et de milieux qui étaient ses partisans. […]

« Dans sa solitude actuelle, le pape se voit contraint de reconnaître amèrement que son pontificat, depuis un certain temps déjà, se précipite vers un échec douloureux. Même le chef historique de la communauté de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, qui est chez lui au Vatican, a publié un livre intitulé La Chiesa brucia. Crisi e futuro del cristianesimo [L’Eglise brûle. Crise et avenir du christianisme] aux éditions Tempi nuovi, qui laisse entrevoir un scénario apocalyptique : la “fin du catholicisme” et “un monde sans l’Eglise”. »

A propos de ce livre, on peut lire dans la Lettre de Paix liturgique (n°805 du 28 juin 2021) : « Andrea Riccardi, personnage principal de la Communauté de Sant’Egidio, qui est tout le contraire d’un conservateur, [y] considère l’incendie de Notre-Dame de Paris comme une parabole, et traite de la disparition sociale annoncée de l’Eglise.

« Il analyse pays par pays, en Europe, l’effondrement du catholicisme. Dans la conclusion, il fait bien sûr preuve d’un espoir obligé sur le thème “la crise n’est pas le déclin”, mais il a auparavant lancé, lui aussi, nombre de petites phrases assassine : “de nombreux catholiques sont passés de l’enthousiasme pour Bergoglio à la désillusion”, “la solution ne viendra pas d’une réforme”.

« Et puis aussi ce constat : “Le traditionalisme est une réalité de quelque importance dans l’Eglise, aussi bien dans l’organisation que dans les moyens”. »

Antonio Socci, pour sa part, fait le constat suivant : « Si l’on pense à l’emphase avec laquelle Bergoglio a été acclamé, au début, dans le monde ecclésiastique (on rêvait d’un “effet Bergoglio” triomphant), on peut comprendre combien la déception est amère aujourd’hui.

« L’Eglise – après ces huit années – n’a pas prospéré, mais semble anéantie. La vie religieuse est dans un état comateux. Son gouvernement central, au Vatican, est en proie à un chaos permanent. La confusion, y compris doctrinale, règne en maître dans la communauté ecclésiale.

« Catastrophique, le bilan de la pratique liturgique dominicale et des vocations, désormais en chute libre (avec, entre autres, l’effondrement des mariages sacramentels). Le clergé et les évêques semblent être en plein désarroi.

« Ceux qui pensaient que la rupture avec les grands pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI allait leur assurer un avenir radieux, sont désormais démentis. Ceux qui – comme Bergoglio, peut-être avec les meilleures intentions – se sont bercés d’illusions en pensant que l’Eglise, diluée dans le monde, pouvait se revigorer, assistent aujourd’hui à une défaite historique. […]

« Aujourd’hui, la voix de l’Eglise ne se distingue plus de celle de l’ONU. La voix de Pierre ne s’oppose pas aux idéologies dominantes, sécularistes et de gauche ; au contraire, elle est souvent en accord avec elles et suscite – avec une telle politisation – la consternation des fidèles et l’enthousiasme des ennemis de toujours de l’Eglise. […]

« Jamais l’Eglise n’a été aussi conformiste et aussi peu expressive dans le monde sur des questions d’une énorme importance pour l’humanité actuelle. »