Réélection de Bachar El-Assad : l’Occident déconnecté du contexte syrien

07 Juin, 2021
Provenance: fsspx.news
Mgr Joseph Tobji

Réagissant au lendemain de la réélection triomphale de Bachar El-Assad à la tête de l’Etat syrien, l’archevêque catholique de rite maronite d’Alep critique vertement l’attitude des démocraties occidentales à l’égard de son pays.

« Bachar El-Assad orchestre un simulacre d’élection présidentielle en Syrie » ; « une victoire convaincante et un pas important pour renforcer la stabilité du pays » : que l’on soit en Europe ou en Russie, les commentaires officiels sur la réélection de Bachar El-Assad le 27 mai 2021, avec 95,1 % de suffrages exprimés, ne manquent pas de contraste.

Les critiques occidentales, Mgr Joseph Tobji les balaie d’un revers de main : pour l’archevêque maronite d’Alep, « le premier problème du peuple syrien est maintenant celui de survivre à la famine, causée justement par les sanctions économiques » de l’Occident.

Le prélat syrien regrette la stratégie européenne, alignée sur les Etats-Unis, à l’endroit de son pays : « Ceux qui imposent des sanctions sont déconnectés par rapport à la Syrie. La logique des sanctions est d’affamer le peuple en pensant diminuer le consensus politique aux autorités et faire tomber le gouvernement. Moi, en tant que pasteur, je vois que les gens souffrent de la pauvreté, et il ne me semble pas que leur priorité soit de disserter sur la démocratie », souligne l’archevêque.

Contrairement à ce que laissent entendre certains pays à l’Ouest, l’abstentionnisme ne jouerait pas un si grand rôle que cela dans le cadre de la réélection du chef d’Etat alaouite : « on a vu beaucoup de monde devant les bureaux de vote, avec des rassemblements et des fêtes dans les rues et sur les places, auxquels ne participaient pas seulement des militants proches du régime en place », témoigne Mgr Tobji.

Et d’ajouter, cum grano salis, en direction des démocraties occidentales : « il est certain qu’une partie des électeurs potentiels ne sont pas allés voter, mais la croissance de l’abstentionnisme aux élections me semble être un phénomène global, qui se développe aussi dans de nombreux pays qui ont une culture politique différente de la nôtre ».

Le prélat maronite d’Alep n’en demeure pas moins lucide sur la plaie de la corruption qui frappe, ici comme ailleurs, son pays : « c’est un problème enraciné dans notre histoire », admet-il, « et qui s’est aggravé à cause de la guerre ».

« Les sanctions contribuent également, à leur manière, à ce phénomène. Ceux qui possèdent de l’argent et exercent des postes influents en profitent. C’est comme un cercle vicieux : la corruption alimente la pauvreté, et la pauvreté alimente la corruption, dévorant les quelques ressources qui restent. Des lois sont élaborées pour endiguer cette corruption, mais ce n’est pas un problème qui peut être résolu du jour au lendemain. »

Mgr Tobji espère qu’une aube nouvelle se lèvera après la réélection d’Assad, et entrevoit quelques signes encourageants : la faible prévalence de la Covid-19 au sein de la population – une situation qu’il qualifie de « miraculeuse » – ainsi que le coup d’arrêt porté à l’exode massif des chrétiens vers l’étranger, qui a eu, ces dernières années, un lourd impact sur l’Eglise locale.