Régime de Carême à la secrétairerie d’Etat

23 Mars, 2022
Provenance: fsspx.news

Avec la réforme de la Curie romaine que vient de promulguer le pape François, une page semble s’être définitivement tournée Terza Loggia, au troisième étage des palais apostoliques, à hauteur des appartements pontificaux donnant d’un côté sur la cour Saint-Damase, de l’autre sur la place Saint-Pierre.

C’est là que la secrétairerie d’Etat occupe une cinquantaine de pièces, petites et grandes, bureaux, salons, antichambres, archives, flanqués par les fameuses loggie décorées par des élèves de Raphaël.

Jusqu’ici, elle était le cœur nucléaire du Vatican : organe centralisateur de toutes les actions de l’appareil de l’Eglise, à la fois le secrétariat personnel du Saint-Père, le ministère des affaires étrangères et la présidence du conseil du Vatican.

Au fil des siècles, la secrétairerie d’Etat a en effet avalé la chancellerie, la daterie, la chambre apostolique, exerçant de facto une autorité supérieure à celle dont peuvent se prévaloir les autres dicastères.

Une évaluation qui est passée dans le droit. Ainsi, les réformes successives de la Curie romaine de 1908 (Sapienti Consilio), 1967 (Regimini ecclesiae universae) et 1988 (Pastor bonus) ont renforcé progressivement ses compétences jusqu’à en faire le bureau principal dans l’organigramme curial : même la communication et les médias du Saint-Siège ont longtemps dépendu d’elle.

Le « surpoids » politique de Terza Loggia se constate aussi dans l’inflation du personnel qui s’y trouve employé : sous le règne du pape Léon XIII, une dizaine de personnes exercent une charge à la secrétairerie d’Etat. Ils sont 77 à la fin du Concile Vatican II, 114 au milieu des années 1970, 170 en 1997. Un nombre qui tend à se réduire de façon significative depuis le début de l’actuel pontificat.

Son chef, le secrétaire d’Etat, plus proche collaborateur quotidien du souverain pontife, est peu à peu devenu le plus puissant personnage oltretevere, craint et redouté.

Surtout depuis que Jean XXIII lui avait attribué la présidence de la commission pour l’Etat du Vatican et la présidence de la commission pour l’administration des biens du Saint-Siège, lui permettant de coiffer toutes les activités économiques et financières du Vatican, son commandement n’étant borné que par les seules limites que le pape lui traçait dans l’intimité de leurs relations…

Enfin, jusqu’au pape François, et au 19 mars 2022, jour de la promulgation de la Constitution apostolique Praedicate evangelium qui, en réformant la Curie romaine, a singulièrement redimensionné la toute-puissante secrétairerie d’Etat.

Une cure d’amaigrissement qui s’est amorcée au fil des dernières années, depuis l’arrivée du pontife argentin sur le trône de Pierre, au rythme des affaires financières largement médiatisées, qui ont pu éclabousser ses proches collaborateurs.

Désormais, la secrétairerie d’Etat est déchargée du budget, ainsi que de la gestion du personnel, elle est ramenée à un simple secrétariat papal, et son chef, même s’il garde son titre, n’est plus supérieurs aux dicastères comme il l’était avant, mais doit avant tout coordonner leur travail : un retour de balancier historique qui sera diversement apprécié derrière les hauts murs de l’enceinte léonine.

Une « saine décentralisation » évoque le souverain pontife pour justifier la réforme, là où les observateurs les plus attentifs voient, en fait, un pouvoir d’initiative beaucoup plus grand laissé à la personne même du pape, qui sera plus libre que jamais par rapport à son administration centrale.