Russie : l’Eglise autocéphale russe ne veut pas d’une autorité papale

28 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Le métropolite Hilarion de Volokolamsk

C’est sous le titre : « En  tentant d’introduire une forme d’autorité papale dans l’Eglise orthodoxe, Constantinople a provoqué un schisme dans l’orthodoxie mondiale », que le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou, a exposé son propos sur l’autorité du pape.

En effet, des déclarations de plus en plus fréquentes du patriarcat de Constantinople sur un rapprochement entre les orthodoxes et catholiques l’ont obligé à se pencher sur les questions qui les séparent, a-t-il expliqué fin juin 2021, dans l’émission télévisée L’Eglise et le monde.

Un schisme dans l’orthodoxie

Le métropolite de Moscou a mentionné, au rang des questions dogmatiques, la procession du Saint Esprit et la dévotion à la Mère de Dieu, « qui est vénérée dans les deux traditions, mais différemment ».

Cependant, le problème principal reste la question de l’autorité du pape dans l’Eglise : « Nous ne pouvons admettre un modèle d’organisation ecclésiale dans lequel un seul homme, considéré comme infaillible, a autorité sur tous les conciles ecclésiaux. Nous disons que l’Eglise est conciliaire et apostolique.

« Par conciliarité, nous entendons ce que le langage séculier appellerait l’intelligence collective. Dans chaque Eglise locale, le patriarche est responsable devant le Synode épiscopal, ce n’est pas le Synode épiscopal qui est responsable devant le patriarche. »

Il y a aussi d’autres nuances qui nous divisent et qui se sont accumulées pendant ces mille ans d’histoire que catholiques et orthodoxes sont séparés, a-t-il précisé.

A ses yeux, l’attitude de Constantinople dans le dialogue orthodoxe-catholique des dernières années n’était rien de moins qu’une tentative de manipulation des Eglises orthodoxes locales en vue d’une reconnaissance du modèle « qui aurait permis au patriarche de Constantinople d’obtenir des privilèges exclusivement papaux ».

Selon lui, « la politique de Constantinople dans ce dialogue n’avait pas pour objet de parvenir à la réunion des orthodoxes et des catholiques, mais d’emprunter le modèle catholique, de créer le même modèle d’administration dans l’Eglise orthodoxe. En d’autres termes, il s’agissait de se donner une sorte de pape infaillible, qui prendrait des décisions unilatérales auxquelles nous serions contraints de nous soumettre. »

Revenant sur le sujet, le 12 juillet, le métropolite Hilarion a expliqué que cette vision des choses a déjà mené à de tristes événements en Ukraine, quand, unilatéralement, contre la volonté des Eglises locales qu’il n’avait pas consultées, le patriarche Bartholomée a commis un acte anti-canonique qui a provoqué un schisme dans le monde orthodoxe.

« Dans l’orthodoxie, il n’a jamais existé de chef suprême de toutes les Eglises orthodoxes », a souligné le métropolite Hilarion. Il s’agit, selon lui, d’une doctrine nouvelle, dont Constantinople fait la promotion active, suscitant le désaccord des Eglises orthodoxes locales, et qui a déjà provoqué un schisme. Elle est cause que « le dialogue orthodoxe-catholique est pratiquement dans une impasse ».

Orthodoxes russes et catholiques grecs

Il semble nécessaire de rappeler ici la complicité orthodoxe dans la destruction systématique de l’Eglise grecque catholique en Europe orientale, sous le joug communiste.

L’on se souvient du « pseudo-synode » de Lviv en 1946, tenu sous la pression du NKVD-KGB avec la complicité au moins passive de l’Eglise orthodoxe russe, où un groupe d’ecclésiastiques gréco-catholiques votèrent pour la réunification de leur Eglise au patriarcat de Moscou, alors qu’au même moment, leurs évêques se trouvaient en prison, sous les verrous.

Même si certains orthodoxes acceptent aujourd’hui de reconnaître « la terrible vérité du 10 mars 1946 », il n’est pas encore question pour les autorités de revenir en arrière et de restituer les églises qui ont été prises aux catholiques.

De même, aucune protestation ne pourra effacer le témoignage héroïque de la foi catholique offert par les martyrs en Roumanie, en Russie, au Belarus, en Pologne ou en Hongrie.

Depuis la chute du rideau de fer, en Europe orientale, de nouveaux efforts ont été déployés pour remédier à la fracture entre catholiques et orthodoxes, sans grand succès. La vague œcuménique qui a déferlé sur l’Eglise catholique après le concile Vatican II, visait en partie à rapprocher les catholiques et les chrétiens orthodoxes de l’Est.

Paradoxalement, l’indifférentisme confessionnel que cet esprit œcuménique a instauré chez beaucoup a incité les branches les plus conservatrices de l’Eglise orthodoxe à remettre en question la fidélité de la religion catholique à ses propres enseignements.

En outre, le bouleversement liturgique du rite romain provoqué par l’introduction du Novus Ordo Missæ a laissé un goût amer dans la bouche de nombreux orthodoxes, connus pour leur adhésion stricte à la tradition liturgique. 

Alors que le spectre du communisme s’est retiré de l’Europe, au moins pour le moment, catholiques et orthodoxes ont été confrontés à une nouvelle vague de violence au Moyen-Orient provoquée par l’islam dit radical.

Dans le même temps, l’Eglise orthodoxe russe, de concert avec l’Etat russe, poursuit sa bataille séculaire contre le catholicisme grec en l’accusant de bloquer le « progrès œcuménique » avec Rome.

Malheureusement, ni le Vatican, ni le pape François lui-même n’ont apporté de soutien aux catholiques grecs malgré la renaissance persévérante de l’Eglise catholique grecque sur ses terres historiques au cours des deux dernières décennies.