Russie : une église restituée aux catholiques à Novgorod

31 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news

La Fédération de Russie vient de restituer à l’Eglise catholique l’usage d’un bâtiment religieux datant du XIXe siècle, dans la cité historique de Novgorod. Un geste généreux opéré au moment où le contrôle des religions par l’Etat s’intensifie dans le pays.

L’église des Saints-Pierre-et-Paul est située dans la rue centrale de Saint-Pétersbourg, à Novgorod. C’est dans cette cité, l’une des plus anciennes de Russie, que les Russes ont rejoint pour la première fois les Varègues scandinaves afin de former un nouvel Etat, au IXe siècle.

Malgré le Grand Schisme, les chrétiens fidèles à Rome sont bien implantés à Novgorod puisqu’au XIe siècle on dénombre deux églises catholiques : l’une dédiée à saint Olaf, regroupant les marchands baltes et scandinaves, l’autre à saint Pierre, fréquentée par la communauté germanique, très présente dans la région.

Ce sont les descendants des Polonais déportés dans la région qui furent à l’initiative de la construction de l’église des Saints-Pierre-et-Paul, en 1893, sous le règne du dernier des Romanov.

Désaffectée après la révolution d’octobre, elle est transformée, en 1933, en un cinéma baptisé Rodina – la mère patrie, en russe – où sont projetés en boucle les chefs-d’œuvre d’Eisenstein censés exalter le nouveau régime totalitaire et son tsar : Staline.

En 1996, les effets de la pérestroïka se font sentir, et une petite communauté de catholiques se réunit à nouveau dans l’ancienne église pour le culte.

En 2009-2010, les fidèles ont obtenu un financement de la Fédération de Russie pour restaurer les tours extérieures de l’église, détruites sous le régime soviétique, et ont pu faire reconnaître le bâtiment comme « monument de valeur fédérale ».

Le 15 mars 2021, après vingt-cinq années de tractations entre la hiérarchie catholique et le pouvoir russe, l’édifice religieux a été officiellement restitué à l’Eglise, et une première messe solennelle a pu y être célébrée le jour même par l’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Moscou, Mgr Nikolaj Dubinin.

Une générosité qui ne peut faire oublier les restrictions à la liberté de culte

Cette belle avancée pour les catholiques russes ne doit pas faire oublier les récents accrocs concernant la liberté de culte au pays des tsars, dont FSSPX.Actualités s’est déjà fait l’écho.

En octobre 2020, la Douma a adopté une nouvelle mouture de la loi sur la liberté de conscience et d’association religieuse. Dorénavant, les ministres du culte formés à l’étranger – comme c’est le cas pour le clergé catholique russe – devront être « rééduqués » à la lumière de l’Orthodoxie, et obtenir une certification d’Etat, afin de pouvoir librement exercer leur ministère.

Les représentants de la communauté juive russe veulent voir la nouvelle loi avec un certain optimisme, la considérant comme un « stimulant pour développer les sciences théologiques dans les universités russes ». Les protestants et les bouddhistes, pour leur part, ont déclaré que les nouvelles règles sont faites pour « lier la main » aux pasteurs des communautés.

Côté catholique, la Conférence des évêques de Russie, réunie les 10 et 11 mars derniers a exprimé sa « perplexité » quant aux nouvelles normes, tout en reconnaissant certaines corrections positives.

Autre sujet d’inquiétude : un nouvel amendement approuvé par la Douma le 16 mars 2021, fait l’obligation à tout établissement scolaire, même privé, d’obtenir un « certificat éducatif » de la part de l’administration, à partir du 1er juin prochain.

Plus que jamais, les contenus des programmes scolaires et les diverses activités, seront soumis à une surveillance des plus serrées de la part de l’Etat : « les motifs derrière cette loi sont évidents. Le gouvernement et l’Etat ressentent le besoin de contrôler le paysage religieux », déplore lucidement le père Kirill Gorbunov, vicaire général du diocèse de Moscou.