Sévères critiques de l’Exhortation Amoris lætitia

06 Mai, 2016
Provenance: fsspx.news

L’Exhortation post-synodale Amoris lætitia a soulevé de très nombreuses critiques, parmi lesquelles nous retiendrons celle de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse d’Astana (Kazakhstan) qui, le 24 avril 2016, signale les conclusions logiques ruineuses qui découlent des pratiques nouvelles introduites par le pape François.  Mgr Athanasius Schneider.

Reductio ad absurdum

« Des membres du clergé et même de l’épiscopat affirment déjà que, selon l’esprit du chapitre 8 d’Amoris lætitia, il n'est pas exclu que dans certains cas exceptionnels les divorcés-remariés puissent être admis à la Sainte Communion, sans qu’il leur ait été demandé de vivre en continence parfaite. Si l’on admet une telle interprétation de la lettre et de l’esprit de l’exhortation, il est alors logique – par honnêteté intellectuelle et selon le principe de non-contradiction – d’accepter les conclusions suivantes :

« Le sixième commandement de Dieu interdisant tout acte sexuel en dehors d’un mariage valide, ne serait plus universellement valable car il admettrait alors des exceptions. En l’occurrence les divorcés-remariés pourraient légitimement pratiquer l’acte conjugal et y seraient même encouragés afin de conserver la ‘fidélité’ mutuelle (cf. AL, § 29). Il y aurait donc une ‘fidélité’ dans un style de vie directement contraire à la volonté expresse de Dieu. Malheureusement il se trouve qu’encourager et légitimer des actes qui sont en eux-mêmes et en tous temps contraires à la volonté de Dieu irait contre la Révélation divine.

« La parole divine du Christ : ‘Que l'homme donc ne sépare point ce que Dieu a uni’ (Mt 19, 6) ne serait plus alors valide pour toujours et pour tous les époux sans exception.

« Il deviendrait possible dans certains cas particuliers de recevoir le sacrement de la Pénitence et la Sainte Communion avec l’intention de continuer à violer directement les commandements divins : ‘Tu ne commettras point d'adultère’ (Ex 20, 14) et : ‘Que l'homme donc ne sépare point ce que Dieu a uni.’ (Mt 19, 6 ; Gen 2, 24)

« L’observance de ces commandements et de la Parole de Dieu ne serait plus en ce cas que théorique et non pas pratique, conduisant les divorcés-remariés à vivre d’illusions : ‘Mettez la parole de Dieu en pratique et ne vous contentez pas de l’écouter, ce serait vous illusionner.’ (Jac 1, 22) On pourrait donc parfaitement croire intellectuellement au caractère divin du sixième commandement et à l’indissolubilité du mariage, sans toutefois poser les actes correspondants.

« La Parole divine du Christ : ‘Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard ; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère’ (Mc 10, 12) n’aurait plus de portée universelle, mais admettrait des exceptions.

« La violation permanente, consciente et libre du sixième commandement de Dieu ainsi que de la sacralité et de l’indissolubilité du premier mariage valide, dans le cas de divorcés-remariés, ne serait plus alors toujours un péché grave, c’est-à-dire une opposition directe à la volonté de Dieu.

« Il pourrait exister des cas de violation grave, permanente, consciente et libre d’un des autres commandements de Dieu (par exemple, la corruption financière), dans lesquels on pourrait accorder à la personne incriminée l’accès aux sacrements, en fonction de circonstances atténuantes, sans lui demander une sincère résolution d’éviter désormais les actes de péché et le scandale.

« L’enseignement pérenne et infaillible de l’Eglise ne serait plus universellement valide, notamment celui confirmé par le pape Jean-Paul II dans Familiaris consortio, § 84 et par le pape Benoit XVI dans Sacramentum caritatis, § 29, selon lequel les divorcés-remariés ne peuvent recevoir les sacrements que s’ils vivent dans la continence parfaite. « L’observation du sixième commandement de Dieu et de l’indissolubilité du mariage serait un idéal qui ne serait pas accessible à tous, mais en quelque sorte réservé à une élite.

« Les paroles intransigeantes du Christ qui commandent aux hommes d’observer les commandements de Dieu, toujours et en toutes circonstances, même parfois au prix de souffrances considérables, c’est-à-dire en acceptant la Croix, ne seraient plus valides. Or nous lisons dans l’Ecriture : ‘Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n'aille pas dans la géhenne.’ (Mt 5, 30)

« Admettre des couples en ‘union irrégulière’ à la Sainte Communion et leur permettre de pratiquer les actes qui sont réservés aux époux dans le cadre d’un mariage valide, équivaudrait à usurper un pouvoir, qui n’appartient à aucune autorité humaine, car il s’agirait, ni plus ni moins, que de prétendre corriger la Parole de Dieu même. »

Robert Spaemann.

Conséquences pratiques désastreuses 

Dans un entretien accordé à l’agence américaine Catholic News Agency, le 28 avril, sous le titre Le chaos érigé en principe d'un trait de plume, le philosophe et théologien allemand, Robert Spaemann, énumère les conséquences pratiques d’une telle subversion de la morale catholique.

« Les conséquences, on peut déjà les voir maintenant. On voit croître l'incertitude, l'insécurité et la confusion : depuis les conférences épiscopales jusqu'au dernier curé dans la jungle. Il y a quelques jours un prêtre du Congo m'a exprimé tout son malaise face à ce texte et au manque d'indications claires. Selon les passages correspondants d'Amoris lætitia, en présence de ‘circonstances atténuantes’ pas mieux définies, peuvent être admis à l'absolution des péchés et à la communion non seulement les divorcés remariés, mais tous ceux qui vivent dans n'importe quelle ‘situation irrégulière’, sans qu'ils doivent s'efforcer d'abandonner leur conduite sexuelle et donc sans confession complète et sans conversion.

« Chaque prêtre qui suit l’ordre sacramentel jusqu'ici en vigueur pourrait subir une forme d'intimidation de la part de ses propres fidèles et être mis sous pression par son évêque. Rome peut aujourd'hui imposer la directive que seuls seront nommés des évêques ‘miséricordieux’, qui sont disposés à adoucir l'ordre existant. Le chaos a été érigé en principe d'un trait de plume. Le pape aurait dû savoir qu'un tel pas divise l'Eglise et la porte vers un schisme. Ce schisme ne résiderait pas à la périphérie, mais au cœur même de l'Eglise. A Dieu ne plaise !

« Une chose, cependant, me semble certaine : ce qui paraissait être l'aspiration de ce pontificat – que l'Eglise dépasse son autoréférentialité, pour aller à la rencontre des personnes avec le cœur libre – a été avec ce document papal anéanti pour une durée imprévisible. Il faut s'attendre à une poussée laïciste et à une nouvelle baisse du nombre de prêtres dans de grandes parties du monde. On peut facilement vérifier, depuis pas mal de temps, que les évêques et les diocèses qui ont une attitude sans équivoque en matière de foi et de morale, ont le plus grand nombre de vocations sacerdotales. Il faut ici se souvenir de ce que saint Paul écrit dans son épître aux Corinthiens : ‘Si la trompette rend un son confus, qui se préparera à la bataille ?’ (1 Cor 14, 8). 

Urgente nécessité 

Selon le Professeur Spaemann, désormais « chaque cardinal, mais aussi chaque évêque et chaque prêtre est appelé à défendre dans son propre domaine de compétence, l'ordre sacramentel catholique et à le professer publiquement. Si le pape n'est pas disposé à introduire des corrections, il reviendra au prochain pontificat de remettre les choses en place officiellement. »

Dans son étude citée plus haut, Mgr Schneider rappelle : « Dans la grande confusion de la crise arienne du IVe siècle saint Basile le Grand avait ainsi lancé un appel urgent au pape Damase afin que par sa parole il éclaircisse la situation et rétablisse l’unité de la foi et de la charité (cf. Ep. 70). »

Dans un article paru sur LifeSiteNews, le 13 avril, le P. Brian W. Harrison o.s. s’interroge : Le moment de résister est-il venu ? Ce théologien originaire d’Australie, qui vit aux Etats-Unis, se demande précisément s’il faut croire que seul le pape François a raison sur ce sujet, et que tous ses prédécesseurs se sont trompés et se sont montrés ‘impitoyables’, en n’accordant aucune exception dans ce domaine. Il répond : « N’est-il pas bien plus probable, comme ce fut le cas dans les années 1330 sous Jean XXII, que seul un pape a tort, et que tous les autres ont eu raison ? Et qu’une respectueuse ‘résistance’ publique à Pierre (cf. Gal 2, 11), comme ce fut le cas dans cette situation critique, est urgemment nécessaire aujourd’hui de la part des cardinaux, des évêques, des théologiens et des autres fidèles ? »