Saint Paul est-il rigide ?

12 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality

Lors de l’audience générale du 23 juin 2021, le pape François est à nouveau revenu sur cette « rigidité » qu’il fustige depuis le début de son pontificat : « Toujours la rigidité : “on doit faire cela, on doit faire ceci”… »

D’après lui, « la rigidité est propre à ces personnes » dont il dénonce inlassablement « la tentation de se refermer sur certaines certitudes acquises dans des traditions passées ».

Selon François, cette tentation va contre le « bien commun », comme il le disait déjà le 21 décembre 2019 : « Nous devons nous méfier de la tentation d’adopter une vision rigide. La rigidité qui naît de la peur du changement et qui finit par semer des obstacles et des pièges sur le terrain du bien commun, en le transformant en un champ de mines d’incompréhension et de haine. »

A cette occasion, le pape citait le cardinal Carlo Maria Martini, l’un des chefs de file de l’ultra-progressisme qui, dans un dernier entretien avant sa mort en 2012, avait déploré que l’Eglise soit « 200 ans en retard », à cause de sa peur innée du changement. Depuis lors, François voit dans la « rigidité » le signe d’une hantise, le symptôme d’une phobie.

Cette insistance du pape tourne à la répétition obsessionnelle, à l’idée fixe, en sorte que les observateurs romains en viennent à dire mezzo voce qu’il est « rigidement anti-rigide ». On ne peut que leur donner raison quand on voit le souverain pontife aller jusqu’à détecter un déséquilibre pathologique chez ceux qu’il appelle les « rigides ».

Le 24 octobre 2016, il n’hésitait pas à risquer ce diagnostic : « Derrière la rigidité il y a toujours quelque chose de caché, dans de nombreux cas une double vie, mais il y a aussi quelque chose d’une maladie. […] Derrière, il y a quelque chose qui ne les rend pas bons : ils sont mauvais, hypocrites, ou ils sont malades. »

Bien évidemment, le pape n’envisage pas un traitement psychiatrique pour les opposants à son enseignement et à son gouvernement, ce qui rappellerait trop les heures sombres de récentes dictatures. On ne peut toutefois s’empêcher de penser au dicton populaire : « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage. »

Mais revenons à l’audience du 23 juin, où François commentait l’épître de saint Paul aux Galates (Ga 1, 6-9). L’Apôtre des Gentils y affirme que ceux qui perturbent la communauté sont ceux qui enseignent un nouvel évangile, au lieu de celui qui leur a été annoncé.

Mais le pape reproche aux « gardiens de la vérité » – « rigides », à ses yeux – de vouloir revenir au passé, ce qui est exactement le contraire de ce que déclare saint Paul avec force : « quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8) 

« Qu’il soit anathème », y aurait-il aussi chez saint Paul de la « rigidité » ? N’est-ce pas plutôt son entière fidélité à la Vérité révélée ?

Abbé Alain Lorans