Suisse : inquiétude face à l’islamisme organisé

29 Septembre, 2017
Provenance: fsspx.news

La Zurichoise Saïda Keller-Messahli, auteur du livre-enquête, Islamistische Drehscheibe Schweiz. Ein Blick hinter die Kulissen der Moscheen, (La Suisse, plaque tournante islamiste. Un regard dans les coulisses des mosquées), a répondu le 26 août 2017 aux questions de la NZZ am Sonntag – édition dominicale du quotidien zurichois Neue Zürcher Zeitung. L’ouvrage, publié début septembre aux Editions NZZ Libro, est le fruit d’un travail de plusieurs années de Saïda Keller-Messahli, musulmane et fondatrice du “Forum pour un islam progressiste”, en 2004. 

Née en 1957 en Tunisie, l’auteur pense que la Suisse prend trop peu de mesures contre les imams radicaux. L’imam qui tenait des prêches incitant à la haine dans une mosquée à Bienne n’est pas un cas isolé, dit-elle. Ce genre de discours, qui cherche à mobiliser les sentiments de victimisation, d’agression, d’intolérance et de haine chez les auditeurs, se trouve dans diverses mosquées. De même que les imams radicaux introduisent dans les prisons, et dans la majorité des mosquées, quantité de brochures salafistes. « De tels prédicateurs préparent le terreau spirituel à la violence. » La plupart des imams qui prêchent dans les mosquées helvétiques tendent au salafisme et « représentent un islam avec lequel la majeure partie des musulmans de Suisse ne peuvent pas s’identifier », poursuit-elle. Car la plupart ne veulent pas avoir de lien avec ce monde de la mosquée et l’Islam organisé politiquement. Il est nécessaire de comprendre la relation entre les musulmans séculiers en Suisse – 85% des musulmans – et l’Islam politiquement organisé : la majorité est apolitique. En outre, beaucoup d’entre eux ne se définissent pas principalement en tant que musulmans. Tout comme la plupart des chrétiens, explique-t-elle... Ils ne s’engagent pas et ne s’exposent pas en matière religieuse.

Saïda Keller-Messahli estime que les autorités doivent se montrer plus strictes en surveillant de très près toutes les mosquées et les prédicateurs invités. Les islamistes radicaux ont profité du laxisme politique pour s’imposer, explique-t-elle. Imams et aumôniers islamiques en Suisse doivent être inscrits dans un registre public. De plus, une autorisation officielle devrait être nécessaire pour exercer cette fonction ainsi qu’une formation reconnue et approuvée par l’Etat et totalement indépendante de l’étranger. Aujourd’hui, rappelle-t-elle, tout le monde peut se dire imam. L’experte constate aussi que beaucoup d’acteurs qui propagent des pensées radicales sont liés à des organisations hors de Suisse. « Il y a un système. On a l’impression que ces imams ont une mission claire », prévient-elle.

La présidente du Forum pour un islam progressiste précise que la Ligue islamique mondiale, dirigée par l’Arabie suivie d’une cinquantaine d’Etats islamiques, coopère étroitement avec les frères musulmans et les groupes salafistes dans plus de 120 pays. La Ligue s’appuie sur ces structures pour atteindre les musulmans et exercer son pouvoir à travers les mosquées ; elle aide également en Suisse à financer des mosquées, des écoles coraniques et des imams à dessein d’avoir autant de mosquées et de centres culturels islamiques que possible. C’est pourquoi, dit Saïda Keller-Messahli, on doit déclarer que nous ne voulons plus de mosquées en Suisse : 300 sont plus que suffisantes, et en Suisse, nous avons plus de mosquées qu’en Belgique, ajoute-t-elle. La Suisse est une plateforme pour des imams radicaux, déclare-t-elle. Beaucoup d’autorités et de politiciens ne réalisent malheureusement pas les liens étroits entre fanatiques islamistes en Suisse et à l’étranger : « ils font preuve d’une naïveté flagrante face à l’islamisme organisé ». La Suisse devrait systématiquement expulser les prêcheurs islamistes ou empêcher leur venue dans le pays. Les autorités pourraient également coopérer de manière plus décidée avec les organisations et personnes à l’étranger qui combattent les prêcheurs islamistes.

Le 27 août, paraissait un sondage de l’hebdomadaire dominical alémanique SonntagsBlick, où 81% des Suisses pensent que les autorités sont trop laxistes envers les imams prédicateurs de haine et considèrent que le salafisme devrait être interdit. 76% jugent que l’Etat devrait avoir la possibilité de mettre en détention préventive de façon illimitée les individus estimés dangereux.

De manière générale, l’enquête montre une forte augmentation de la méfiance envers l’islam dans le pays. Aujourd’hui, 38% des Suisses se sentent menacés par les 400.000 musulmans qui vivent dans le pays contre 16% en 2004, soit une augmentation de 137%. Les sondés veulent également un contrôle accru des mosquées et de leur financement et une surveillance renforcée des imams. 55% souhaitent une formation pour les imams dans les universités suisses. Pour 83%, les imams voulant prêcher en Suisse devraient en obtenir préalablement l’autorisation officielle. 80% pensent que seuls les dignitaires islamiques qui reconnaissent l’Etat de droit, l’égalité hommes-femmes et la séparation de la religion et de l’Etat devraient pouvoir entrer dans le pays. 60% des 1003 personnes sondées rejettent en outre l’idée d’une reconnaissance étatique de l’islam, sur un pied d’égalité avec les Eglises.