Suisse : le plus ancien baptistère paléochrétien

14 Octobre, 2021
Provenance: fsspx.news

Datant de la fin du Ve siècle, le baptistère de Riva San Vitale (Tessin) est le monument chrétien le plus ancien de Suisse. Dédié à saint Jean-Baptiste, il est situé à l’extrémité méridionale du lac de Lugano. Selon les historiens, il a été construit entre la fin du Ve  siècle et le début du VIe  siècle, vraisemblablement sur les fondations d’une villa ou de thermes romains.

Anastasia Gilardi, historienne de l’art et professeur à l’Ecole universitaire professionnelle de la Suisse italienne (SUPSI) à Lugano, explique : « Les baptistères appartiennent à ces premiers édifices chrétiens construits après la publication de l’édit de Milan en l’an 313.

« Etant donné qu’à l’époque le baptême des adultes était célébré par immersion, très souvent autour de la fête de Pâques, il fallait donc un ensemble de constructions permettant une telle pratique liturgique. »

La fonction baptismale originelle a été suspendue autour de l’an 1000 dans le baptistère tessinois. « Dans toute l’aire lombarde, à partir du Xe siècle on n’a plus pratiqué le baptême des adultes par immersion. »

On a toutefois continué à utiliser l’édifice avec un bassin surélevé – obtenu d’un seul bloc de pierre – d’un diamètre de presque deux mètres, posé sur les fonts baptismaux originaux. Les fonts baptismaux en marbre d’Arzo de 1613, situés dans la niche à gauche de la porte d’entrée nord, sont les derniers utilisés pour la célébration des baptêmes.

« Avec la reconstruction de l’église paroissiale à la moitié du XVIIIe siècle, le baptistère a perdu sa fonction première, précise Anastasia Gilardi. »

A trois mètres des murs d’enceinte, le baptistère était entouré d’une enceinte carrée (deambulatorium), aujourd’hui presqu’entièrement disparue. Le porche était couvert et servait à accueillir les néophytes pour le déroulement des rites précédant le baptême, ainsi que pour les processions post-baptismales.

Il était relié à l’ancienne basilique, érigée à la place de l’actuelle église paroissiale. Conforme à la culture paléochrétienne, « les huit côtés de l’édifice font référence au huitième jour, c’est-à-dire le jour du Christ ressuscité, de la nouvelle vie au-delà de la matérialité, qui suit le dernier jour de la création du monde ».

Les catéchumènes y accédaient par deux marches depuis l’entrée nord, et en ressortaient du côté sud pour rejoindre la basilique contigüe. « A l’origine, ce bassin octogonal était revêtu de marbre, explique l’historienne de l’art.

Il était pourvu d’un conduit qui permettait d’acheminer l’eau d’un canal extérieur qui coulait à l’est de l’édifice – toujours existant – et de la faire évacuer à l’issue de la célébration. De plus, un conduit en plomb, tout autour, servait à récolter l’eau qui, pendant l’immersion des catéchumènes, débordait du bassin. »

Devant les fonts baptismaux, orientés à l’est, « la fresque de la troisième abside a été réalisée à l’époque ottonienne [entre 950 et 1050. NDLR] et est donc rarissime. Il y en a seulement une dizaine dans le monde entier, dont cinq en Suisse », se réjouit Anastasia Gilardi, face à la peinture représentant le Christ triomphant.

La typologie de figure du Christ en croix, vivant et sans barbe, est typique du début de l’an 1000.

Les travaux de restauration des années 1950 ont redonné à la partie supérieure de la construction sa forme octogonale originale. A l’automne 2021 débutera une nouvelle phase du projet de conservation des fresques, mené sous la responsabilité d’une équipe de l’Ecole universitaire professionnelle de la Suisse italienne.