Suisse : résistance ecclésiastique dans le diocèse de Coire

03 Mai, 2022
Provenance: fsspx.news
Le logo du Cercle sacerdotal du diocèse de Coire

Des prêtres contestent le Code de conduite destiné à lutter contre les abus dans l’Eglise, signé par le nouvel évêque de Coire, Mgr Joseph Bonnemain, le 5 avril 2022, auquel se sont associés les vicaires généraux et les représentants des corporations ecclésiastiques du diocèse.

Le document a rencontré une forte opposition chez un certain nombre de prêtres qui l’accusent de violer la doctrine catholique sur plusieurs points.

Le Cercle sacerdotal de Coire

Un groupe de 43 prêtres du diocèse, auxquels s’ajouteraient 80 sympathisants s’est élevé contre plusieurs passages de ce Code de conduite. L’évêque, dans une lettre adressée à toutes les paroisses, a déclaré que ce Code serait « obligatoire pour tous les responsables et employés à partir du milieu de l’année 2022 ».

Le 28 avril 2002, ce Cercle sacerdotal de Coire (Churer Priesterkreis) a publié une prise de position pour mettre en garde sur les points contestés et pour demander à l’évêque de retirer sa signature, estimant que Mgr Bonnemain n’aurait jamais dû signer le document.

Les points contestés

Le Cercle affirme d’abord un accord pour « 95 % » au contenu du Code, relevant que tout doit être fait pour assurer une meilleure prévention des abus.

Mais les prêtres décrivent ensuite de manière générale le Code de conduite comme « une tentative d’implanter l’idéologie LGBT dans l’Eglise sous le couvert de la prévention des agressions et de saper ainsi la doctrine de l’Eglise ».

La doctrine catholique sur l’homosexualité mise de côté

Ils relèvent plusieurs passages qui « musellent la doctrine de la foi et des mœurs ». Ainsi le Code fait dire au signataire : « Je renonce à des évaluations négatives globales de comportements prétendument non bibliques en raison de l’orientation sexuelle. »

Le commentaire relève : « celui qui signe cette phrase ne devrait plus (…) proclamer l’enseignement de l’Eglise sur l’homosexualité tel qu’il est stipulé dans le Catéchisme de l’Eglise catholique », qui affirme que les actes homosexuels sont « intrinsèquement mauvais » et « ne peuvent en aucun cas être approuvés ».

Danger pour la préparation au mariage qui ne sera plus intègre

Par ailleurs, le Code stipule : « Dans les entretiens pastoraux, je n’aborde pas activement les thèmes liés à la sexualité. Dans tous les cas, je m’abstiens de poser des questions dérangeantes sur la vie intime et le statut de la relation. Cela vaut également pour les entretiens que je mène en tant que supérieur hiérarchique. »

Les prêtres notent que cela interdirait au ministre de poser ces questions fondamentales dans la préparation au mariage : par exemple que celui-ci est constitué par la communauté entre un homme et une femme, ainsi que sur les mariages et les divorces précédents éventuels, ou des enfants issus de relations antérieures.

L’impossibilité de refuser les sujets à tendance homosexuelle dans la formation sacerdotale

Quant à la formation des prêtres, il ne serait plus possible de veiller à écarter les hommes ayant des tendances homosexuelles de l’ordination, comme cela est stipulé par les textes du Saint-Siège. Et « comment pourrait-on encore exiger de manière crédible d’un candidat au sacerdoce qu’il s’engage publiquement devant Dieu et l’Eglise à un célibat à vie (can. 1037), selon le rite prescrit, si l’on déclare en même temps que son “état de relation” est de fait tabou pour la hiérarchie de l’Eglise ? »

L’Eglise ne pourrait plus imposer une vraie vie morale au clergé ou aux laïcs

En effet, expliquent les prêtres contestataires : « Si les prêtres, les diacres et les collaborateurs laïcs qui vivent des relations hétéro ou homosexuelles immorales ne peuvent plus être appelés à rendre des comptes et, si aucune amélioration n’est constatée, ils sont finalement renvoyés, une morale à double vitesse s’installera de deux manières. »

D’une part, l’Eglise continuerait à prêcher la doctrine traditionnelle, mais d’autre part, elle ne l’exigerait pas de son clergé et des laïcs employés par le diocèse. Alors que ce dernier se donnerait une arme pour renvoyer les non-signataires.

L’ambiguïté des « droits humains »

Enfin, le Code de conduite contient les affirmations suivantes : « Je m’abstiens de toute forme de discrimination basée sur l’orientation ou l’identité sexuelle » et « Je reconnais les droits sexuels comme des droits humains, en particulier le droit à l’autodétermination sexuelle ».

Mais, commentent justement les prêtres, l’application cohérente de la morale sexuelle de l’Eglise est « perçue comme discriminatoire par la société ». Par exemple, parce que l’Eglise ne peut pas bénir les relations homosexuelles.

De plus, la déclaration du Code sur les droits de l’homme est ainsi « ouverte à diverses interprétations », mais doit être rejetée car, par exemple, l’avortement est souvent caractérisé comme un droit de l’homme qui fait partie de l’autodétermination sexuelle, expliquent les prêtres.

Une confirmation par des réactions de prêtres favorables

Le site cath.ch rapporte la réaction de deux prêtres favorables au Code de conduite.

Le premier souligne que le refus de signer le document est « typique » d’une partie de l’Eglise. « Avec le code, les dirigeants doivent céder du pouvoir. Et cela ne plaît pas aux prêtres cléricalistes : mieux vaut retourner dans son coin et continuer à se plaindre de la prétendue injustice. » – Une critique reprenant l’une des accusations préférées du pape François : « cléricaliste ». Un peu court.

Un autre va plus loin : « On sait ce que disent le droit canonique et le catéchisme. (…) Les catéchismes ont toujours changé au fil du temps. L’actuel est vieux de plusieurs décennies et le monde d’aujourd’hui est différent. Le Code de conduite, en revanche, date de 2022 et parle pour une Eglise dans le monde d’aujourd’hui. »

Comme si les circonstances d’une époque pouvaient faire changer la vérité de la foi et des mœurs. C’est du plus pur modernisme. Et c’est aussi un parfait écho des cardinaux Jean-Claude Hollerich, Reinhard Marx et de Mgr Georg Bätzing qui ont été sérieusement attaqués sur ce point par divers épiscopats et par des évêques du monde entier.

A la suite de cette critique Mgr Bonnemain s’est montré favorable au dialogue avec ces prêtres, en leur reprochant d’avoir agi avec précipitation et sans concertation.

Mais ceux-ci avaient déjà écrit que « nous avons demandé à l’évêque diocésain, avant la publication du Code de conduite, de ne pas le signer. Comme il l’a entre-temps publié et signé, nous lui demandons à notre tour publiquement de retirer sa signature et de guérir ainsi le conflit de conscience qu’il a provoqué chez nombre de ses collaborateurs. »

Sinon, ajoutent-ils, « nous élaborerons nous-mêmes un code de conduite au service de la prévention des agressions, en accord avec l’enseignement de l’Eglise et que nous sommes prêts à signer ».

Une réaction saine d’une partie du clergé du diocèse de Coire, qui montre par ailleurs jusqu’où l’idéologie LGBT a pénétré au sein de l’Eglise et dans l’esprit de certains de ses représentants.