Syrie : l’Eglise appelle à la levée des sanctions

02 Février, 2021
Provenance: fsspx.news
Mgr Ignace Youssef III Younan

Au Moyen Orient, la hiérarchie catholique demande au nouveau locataire de la Maison Blanche de lever au plus vite les sanctions qui pèsent actuellement sur le peuple syrien. Au risque d’apparaître comme le complice de la « catastrophe humanitaire » qui frappe déjà des millions de personnes, et qui finira par devenir un nouveau facteur d’instabilité dans toute la région.

« Nous vous prions, M. le Président, de venir en aide aux Syriens en soulageant la crise humanitaire qui menace de déclencher une nouvelle vague d’instabilité au Proche-Orient, et au-delà. Nous croyons que les intérêts nationaux légitimes des Etats-Unis peuvent être poursuivis sans punir pour autant le peuple syrien, à travers les sanctions économiques actuelles. »

L’adresse au nouveau chef de l’exécutif américain a été signée le 21 janvier 2021 par les plus hautes autorités catholiques de Syrie : le patriarche d’Antioche des Syriens, Mgr Ignace Youssef III Younan, et le patriarche d’Antioche des Grecs melkites, Mgr Youssef Absi. Le chef de file de la confession autocéphale syro-orthodoxe, s’est aussi joint à la demande de levée des sanctions internationales contre la Syrie.

Depuis l’été 2020 en effet, les Etats-Unis imposent à la Syrie une nouvelle panoplie de sanctions particulièrement sévères, dans le cadre du Caesar Syria Civilian Protection Act. Ce dernier vise à faire pression sur le régime de Bachar Al-Assad, en sanctionnant les individus, entités ou sociétés, qui entretiennent des relations économiques avec Damas.

Le dispositif du Caesar Act touche ainsi de près le Liban, la Jordanie, l’Irak, mais aussi l’Egypte, qui continuent de commercer avec la Syrie.

En résumé, il s’agit pour les Américains d’asphyxier financièrement le régime syrien pour l’empêcher de reconstruire le pays ; mais l’impact sur une population usée et ruinée, tend en fait à se révéler plus coûteux, et plus risqué à moyen terme, que les bénéfices politiques attendus.

Dans leur lettre au successeur de Donald Trump à la Maison Blanche, les hauts prélats orientaux s’appuient sur une note de synthèse publiée le 29 décembre dernier par le rapporteur spécial des Nations Unies : Alena Douhan évoquait alors l’urgence de mettre fin à l’éventail des sanctions qui « rendent encore plus insoutenable la situation en Syrie, alors que sévit la pandémie de Covid-19 ».

Pour le rapporteur onusien, il ne fait aucun doute que « la Loi César bafoue les droits de l’homme, notamment les droits du peuple syrien au logement, à la santé, à un niveau de vie et à un développement adéquats ».

Sans parler des effets pervers que peuvent avoir ces sanctions sur les pays limitrophes : dans son édition du 20 janvier 2021, Le Monde révèle que « l’ombre de Damas » pèse sur la terrible explosion du port de Beyrouth, survenue le 4 août dernier.

L’acheminement clandestin de nitrate d’ammonium réalisé en vue de contourner l’embargo d’une communauté internationale à la remorque des Etats-Unis, ne serait pas pour rien, d’après le quotidien français, dans le désastre qui a frappé la capitale libanaise.

Joe Biden écoutera-t-il les demandes de l’épiscopat syrien ? Difficile à dire : à l’inverse des thèmes de politique intérieure sur lesquels elle souhaite faire table rase des mesures prises par Donald Trump, la nouvelle administration démocrate pourrait bien accroître, à l’extérieur, la pressions sur les alliés de Moscou, dont le régime de Damas fait partie.