Un parti suisse en passe de renier son identité chrétienne

17 Septembre, 2020
Provenance: fsspx.news
Gerhard Pfister, président du PDC

Le Parti démocrate-chrétien (PDC) a décidé de supprimer la référence « chrétienne » pour prendre un nom d’une neutralité désolante : « Le Centre ». Il profiterait de ce changement de vitrine pour fusionner avec le petit Parti bourgeois-démocratique (PBD), issu, en 2008, d’une dissidence de l’Union démocratique du Centre (UDC), premier parti suisse, fondé par Christoph Blocher.

La raison avancée par le président du PDC, Gerhard Pfister, est l’érosion de l’électorat : « Depuis 40 ans, nous n’avons jamais gagné de nouveaux électeurs ». Il est vrai qu’en vingt-cinq ans, le parti a perdu plus de 5% d’électeurs pour descendre à 11,4 % en 2019. Pour inverser cette tendance, le parti semble trouver plus facile de changer de devanture que d’enrichir le fonds.

Dans un entretien paru le 4 septembre dans Le Temps – quotidien suisse édité à Lausanne – le président affirme tranquillement : « Une étude a montré que nous risquions de perdre 1% de notre électorat [en supprimant le “C”]. Mais ce même sondage a révélé que nous pouvions regagner ce 1% ailleurs, grâce à un changement de nom. » Alors à quoi bon ? pourrait-on demander.

Mais le président Pfister insiste « Sans le “C”, nous allons toucher un nouveau public qui se sent proche de notre politique, basée sur des valeurs avant tout humanistes, qui concilient liberté, solidarité et responsabilité ». Le journaliste – protestant – remarque avec justesse : « Le terme “chrétien” contenait des valeurs, alors que “Le Centre” est vide de sens. »

Un peu d’histoire

Après l’exportation du modèle révolutionnaire en Suisse, effectuée par un pays voisin dès 1793… les cantons sont agités par une fièvre d’abord libérale puis radicale durant les 30 premières années du XIXe siècle. Des partis catholiques commencent alors à s’organiser pour s’y opposer. Après la guerre et la défaite du Sonderbund (novembre 1847) qui opposa sept cantons catholiques (Lucerne, Fribourg, Valais, Uri, Schwytz, Unterwald et Zoug) à la majorité libérale de plus en plus oppressive, cette opposition catholique se fédéra, surtout durant la période du Kulturkampf.

C’est à cette époque que le PDC prend naissance, sans toutefois porter encore ce nom. Mais il est désigné généralement sous le nom de Parti catholique conservateur. Comme l’écrit le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) : « Durant des décennies, l’enracinement dans le catholicisme a garanti au PDC une extraordinaire stabilité, puisque la moitié environ des catholiques votait pour lui. 1 » Ainsi, ajoute-t-il, « entre 1919 et 1987, le parti recueillit constamment, sur le plan suisse, environ 21% des suffrages. Il obtint son meilleur résultat au Conseil national en 1963 avec 23,4%. »

Des racines reniées ou du moins escamotées

Durant toutes ces années, le PDC défend la doctrine sociale de l’Eglise. Mais après le concile Vatican II, poursuit le DHS, « le PDC accomplit une ouverture programmatique qui déboucha sur les réformes de 1970-1971 et qui l’amena vers le centre de l’éventail politique suisse ; en politique sociale, il s’associa fréquemment avec les socialistes, en politique économique et financière avec les radicaux, tandis qu’il défendait des positions catholiques conservatrices en matière culturelle et religieuse ».

La dérive du PDC depuis 50 ans est donc liée d’une part à la disparition de ses fondements catholiques, du fait du délitement de la foi qui a suivi le Concile; d’autre part, à une perte de la morale chrétienne. Des membres du PDC en vinrent ainsi à défendre des lois insoutenables comme la loi sur l’avortement. Tout récemment, le parti a voté le mariage pour tous.

Il est donc possible de voir cet abandon du “C” comme un aboutissement logique, et finalement comme la rectification d’une appellation devenue erronée qui n’avait plus lieu d’être.

Cependant le changement n’est pas encore réalisé, car la base ne semble pas aussi pressée que les dirigeants pour accomplir ce ravalement de façade.

  • 1. Urs, Altermatt, « Parti démocrate-chrétien (PDC) », in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 13.03.2018, traduit de l’allemand. Online. https//hls-dhs-dss.ch/fr/articles/017377/2018-03-13/, consulté le 17.09.2020.