Un tableau du Caravage retrouvé ?

15 Avril, 2021
Provenance: fsspx.news

Un tableau d’art sacré mis à prix à 1 500 euros dans une vente aux enchères à Madrid (Espagne) a été in extremis retiré par ses propriétaires. Une expertise a conclu en effet qu’il s’agirait d’un Ecce homo peint de la main du Caravage dont la trace avait disparu depuis plusieurs décennies.

Il aura fait moins d’apparitions que son divin modèle durant les quarante jours qui ont suivi la Résurrection : un tableau représentant le Couronnement d’épines, qui devait être mis aux enchères le 8 avril 2021 à la Casa Ansorena de Madrid (Espagne) a été retiré de la vente, au dernier moment, par ses propriétaires.

« Le lot a été soustrait car une pièce doit être vérifiée et étudiée de manière plus approfondie, étant donné que les propriétaires ont certains doutes sur son authenticité », explique le journal italien La Repubblica, qui a révélé l’affaire.

Pour un œil non averti, le tableau ne dénotait pas par rapport aux nombreuses peintures mises aux enchères ce jour-là : il s’agit d’une huile sur toile de 111 x 86 centimètres, intitulée « Le Couronnement d’épines », attribuée à José de Ribera, un disciple du Caravage, et mise à prix 1 500 euros. Que s’est-il donc passé pour que la toile ait été retirée le 8 avril dernier ?

Le 25 mars précédent, Vitorio Sgarbi, historien de l’art réputé en Italie, reçoit une photographie du tableau de la part d’un de ses confrères qui sollicite son expertise pour un antiquaire de sa connaissance.

« Dès que je l’ai vu, j’ai compris que le tableau était de la main du Caravage, et je n’ai eu qu’un désir : l’acheter afin de le rapporter en Italie », explique Vittorio Sgarbi.

L’antiquaire, de son côté, envisage lui aussi d’acquérir la toile, se disant même prêt à mettre plusieurs centaines de milliers d’euros sur la table. Coup de théâtre le 6 avril dernier : « on m’informe que le tableau a été retiré, peut-être en raison d’offres préalables trop importantes », déclare l’expert italien à La Repubblica.

En effet, un tableau mis aux enchères à bas prix n’intéresse personne, mais dès que les enchères risquent de s’envoler, la probabilité d’une intervention de l’Etat pour maintenir l’œuvre dans le pays est élevée. Le prix de vente plafonne alors, au grand dam des propriétaires de l’œuvre.

Après avoir retiré la toile des enchères, les propriétaires peuvent la vendre discrètement et en espérer un très bon prix. Car, si la thèse de l’attribution au Caravage est avérée, « le prix d’achat pourrait être compris entre 100 et 150 millions d’euros, s’il est vendu à un investisseur privé, contre 40 ou 50 millions à un musée public, tel le Prado », souligne Vittorio Sgarbi.

L’attribution au Caravage ne repose pas sur le seul avis de l’historien italien : d’autres éléments convergent dans la même direction, comme une lettre du Caravage datée du 25 juin 1605 où il écrit : « moi, Michel Angelo Merisi da Caravaggio, déclare avoir reçu une somme d’argent de la part de l’illustre Massimo Massimi, en paiement de la commande d’un tableau représentant Le Couronnement d’épines ».

La toile en question serait donc l’Ecce homo peint par le Caravage pour le cardinal Massimi, destinataire de la lettre. Par ailleurs, deux historiens de l’époque moderne, Giovanni Pietro Bellori et Filippo Baldinucci rapportent que, dès la fin du XVIIe siècle, le tableau était arrivé en Espagne.

Vittorio Sgarbi en est persuadé : « selon moi, l’empreinte du Caravage apparaît dans le regard brutal de l’homme de gauche, et dans la main qui tient le tissu rouge de l’étole : ce motif est la signature incontestable du Caravage », assure-t-il.

Pour les admirateurs du Caravage, l’espoir de contempler ce tableau s’est fortement amenuisé : lorsqu’une telle toile est retirée des enchères pour une vente privée, il y a peu d’espoir de la revoir, avant longtemps…