Un tribunal malaisien juge que les non-musulmans peuvent utiliser le mot “Allah”

12 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news
La Haute-Cour de Malaisie à Kuala Lumpur

Le 10 mars 2021, la Haute Cour de Kuala Lumpur a tranché : les non-musulmans peuvent utiliser le mot “Allah” pour désigner Dieu. Une décision majeure dans une affaire qui relève de la liberté religieuse dans ce pays à forte majorité musulmane.

Cette décision de la Haute Cour annule une interdiction gouvernementale vieille de 35 ans concernant l’utilisation du mot “Allah” et de trois autres mots par les publications chrétiennes.

Le tribunal a estimé que les chrétiens – qui représentent environ 13% d’une population de 32 millions d’habitants à 60% musulmane – pourront utiliser le mot “Allah” dans leurs prières, leurs textes et leur pratique religieuse, selon l’avocat du plaignant, M. Annou Xavier.

Petit retour dans le passé

Dans un décret datant de 1986, le gouvernement malaisien avait précisé que le mot “Allah” devait être réservé exclusivement aux musulmans, afin d’éviter toute confusion susceptible de les inciter à se convertir à d’autres religions. Cette position est propre à la Malaisie.

La communauté catholique de Malaisie avait rétorqué que l’interdiction était déraisonnable car les chrétiens qui parlent le malais utilisent “Allah” – mot malais tiré de l’arabe – dans leurs bibles, leurs prières et leurs chants, depuis au moins 400 ans.

En 2007, une nouvelle directive du ministère malaisien de l’Intérieur révoquait le droit accordé à un journal catholique local, The Herald, d’utiliser le mot Allah dans ses pages « pour des questions d’ordre public ». Le journal avait alors saisi le tribunal et obtenu gain de cause en 2009.

Ce jugement de première instance suscita l’ire des musulmans, entraînant incendies criminels et actes de vandalisme contre 11 églises. Le procès s’est achevé en 2014. La Haute cour a alors rejeté la requête de l’Église catholique d’utiliser le mot “Allah” dans l’édition en malais de The Herald.

En 2008, une Malaisienne chrétienne, Jill Ireland Lawrence Bill, se voyait confisquer à l’aéroport huit CD à finalité éducative dans lesquels le mot “Allah” était utilisé pour désigner Dieu. Elle avait alors contesté en justice l’interdiction pour les chrétiens d’employer ce mot.

En 2014, la justice donnait partiellement raison à la plaignante, ordonnant la restitution du matériel saisi. Mais, la question du recours au mot “Allah” demeurait en suspens. La justice a rendu son verdict ce mercredi 10 mars.

Les catholiques obtiennent gain de cause

La Constitution malaisienne garantissant la liberté de religion, le juge Nor Bee Ariffin a estimé que l’interdiction faite aux chrétiens d’utiliser le terme “Allah” est « illégale et inconstitutionnelle ». La circulaire du ministère de l’intérieur doit donc être annulée. « La liberté religieuse doit être protégée même dans le contexte de situation impliquant l’ordre public », a estimé le juge.

La plupart des chrétiens de Malaisie pratiquent leur culte en anglais, en tamoul ou dans divers dialectes chinois, et se réfèrent à Dieu dans ces langues, mais certains malais de l’île de Bornéo n’ont pas d’autre mot pour désigner Dieu que “Allah”.

Trois autres mots – “kaabah”, le sanctuaire, “baitullah”, la maison de Dieu, et “solat”, la prière – avaient également été interdits par la directive gouvernementale de 1986.

Le conseiller juridique du gouvernement, Shamsul Bolhassan, cité par le journal The Star, a déclaré que les quatre mots pouvaient être utilisés par les chrétiens, à condition qu’un avertissement précise que le matériel est destiné aux chrétiens uniquement et qu’une croix soit apposée.