Une tentative de placer saint Pie X à l’origine de la nouvelle messe

16 Septembre, 2021
Provenance: fsspx.news
Le pape saint Pie X célébrant la messe

Le site cath.ch a publié une étude en deux parties intitulée « La messe ‘moderne’ face à la messe ‘de toujours’ » qui s’efforce de montrer que la messe de Paul VI serait tout aussi traditionnelle que la messe tridentine. Les arguments qui viennent étayer cette tentative de démonstration méritent un nouvel éclairage pour montrer leur faiblesse.

Le premier argument apporté est celui de « participation active », qui apparaît onze fois dans la constitution sur la liturgie du concile Vatican II, Sacrosanctum concilium. L’article essaie d’en faire porter la paternité au pape saint Pie X.

Mais cette tentative est fondée sur une grossière méprise. FSSPX.Actualités en a déjà apporté la preuve. Il y a équivoque – c’est-à-dire un sens notablement différent – entre ce qu’exprime saint Pie X, mais également le pape Pie XII, et la constitution conciliaire.

La notion de participation active selon saint Pie X reprise par Pie XII

Il faut remarquer d’abord que le pape du serment antimoderniste emploie le terme dans le motu proprio Tra le sollecitudini – “parmi les sollicitudes”, de 1903 – qui porte sur la musique sacrée. Le saint pape fait de « la participation active aux mystères sacro-saints », « la source première et indispensable du véritable esprit chrétien ».

Mais pour savoir ce qu’il entendait par cette expression, il faut considérer comment saint Pie X va réaliser ce programme.

Quant aux fidèles, de deux manières : en encourageant la restauration du chant grégorien pour le rendre accessible aux fidèles ; et en promulguant deux décrets : sur la communion des enfants dès l’âge de raison, et sur la communion fréquente. Chant et union au Christ par la sainte communion, voilà ce que saint Pie X entend par « participation active ».

Le pape Pie XII s’est aussi exprimé sur le sujet dans sa magistrale encyclique consacrée à la liturgie, Mediator Dei, datée de 1947. Le texte se trouve dans l’article cité plus haut. Devant les déviations qui se font jour, le pape prend soin à son tour de caractériser cette participation « active ».

Le pasteur angélique encourage « tous les chrétiens » de « participer au sacrifice eucharistique (…) non d’une manière passive et négligente (…) mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au Souverain Prêtre ».

Pie XII poursuit en montrant que cette participation consiste essentiellement dans l’identification avec le Christ, citant notamment saint Paul : « Ayez en vous les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus ». Ce qui réclame « que nous mourions mystiquement sur la croix, (…) que nous devenions, avec l’Hostie immaculée, une seule victime agréable au Père éternel ».

C’est pourquoi il encourage la publication de missels romains pour les fidèles, afin qu’« unis au prêtre, [ils] prient avec lui à l’aide des mêmes paroles et avec les sentiments même de l’Eglise ».

Et le pape Pie XII donne une explication remplie de bon sens et sollicitude pastorale qui fixe bien l’intention de l’Eglise. Il affirme d’abord que « bon nombre de chrétiens ne peuvent se servir du Missel romain, même s’il est écrit en langue vulgaire ; et tous ne sont pas aptes à comprendre correctement, comme il convient, les rites et les formules liturgiques ».

En ce cas, la participation consistera à « méditer pieusement les mystère de Jésus-Christ, accomplir d’autres exercices de piété et de faire d’autres prières qui, bien qu’elles diffèrent des rites sacrés par la forme, s’accordent cependant avec eux par leur nature ». Rien de plus évident.

La déviation conciliaire

Dans le texte conciliaire, le terme de participation « active » a un double sens. Pour nombre d’évêques, il signifie ce que les papes saint Pie X et Pie XII ont décrit et expliqué.

Mais pour les novateurs, il signifie une participation « agissante », par laquelle les fidèles sont chargés d’une partie plus ou moins importante de la réalisation matérielle de la cérémonie : lectures, acclamations, présentation des dons, voire distribution de la sainte communion.

Ainsi, il y a une rupture entre la conception de saint Pie X et de Pie XII et la conception conciliaire. Une preuve directe peut être donnée de ce fait. Un texte de Paul VI de 1974 affirme : « C’est cependant une erreur, qui subsiste encore malheureusement en certains endroits, de réciter le rosaire au cours de l’action liturgique », Marialis cultus, n° 48, 2 février 1974.

Ce que Pie XII louait comme une attitude en tous points conforme à l’esprit de la liturgie, Paul VI le condamne comme une erreur. Il ne s’est pas écoulé trente ans entre les deux textes…

A suivre...